L’intérêt de la journée de demain n’est pas de savoir si il y aura du monde dans les rues. Il y aura du monde. Chaque année, on annonce que la rentrée sera chaude, et elle ne l’est pas : eh bien, cette fois, elle le sera !

Les syndicats espèrent deux millions de personnes (selon leur décompte à eux). Le gouvernement, lui, rappelle qu’il y en a eu jusqu’à 1,3 million (chiffre de la police) contre la réforme des retraites en 2003 – sous-entendu, pas grand chose de neuf sous le soleil. La question n’est donc pas là. Elle est de savoir ce que va changer ou pas cette journée. Et là, syndicats et pouvoir sont assez d’accord aussi ! Elle ne changera pas grand chose. Les premiers savent que Nicolas Sarkozy ne peut pas reculer sur le cœur de sa réforme (les 62 ans), ce serait suicidaire politiquement et financièrement. Nicolas Sarkozy, lui, ne voit pas l’intérêt de faire trop de concessions secondaires puisque de toute façon les syndicats resteront opposés à la réforme. De tout cela, l’Elysée en tire la conclusion que Bernard Thibault, François Chérèque et les autres ne seront pas jusqu’au-boutistes.

Est-ce une erreur d’analyse ou une conclusion juste ?

La conclusion paraît a priori juste. Mais la vraie réponse arrivera mercredi quand les syndicats se retrouveront après les manifestations. Si une autre journée n’est pas programmée avant plusieurs semaines (octobre), l’Elysée aura vu juste. Mais il faudra voir aussi si les syndicats de la SNCF, de la RATP continuent ou pas de fonctionner sur des grèves d’une seule journée. Cela dit, ces syndicats ont aussi d’autres enjeux bien à eux, il y a une autre bataille. En s’affichant ensemble, la CFDT et la CGT écartent du champ visuel les autres, et d’abord Force ouvrière. Il y a, de plus en plus, deux « gros » syndicats, et les autres, plus légers. Les « gros » forment une sorte de condominium. Mais jusqu’à un certain point ! La CFDT ne veut pas apparaître comme le « supplétif » de la CGT. C’est pour cela que Chérèque fait entendre sa musique, en expliquant que son vrai combat est d’obtenir le retrait du relèvement de 65 à 67 ans du départ à la retraite sans décote. Sur ce point précis, le gouvernement peut-il bouger ? Il n’en a pas l’intention. Mais c’est vrai que c’est un des points qui passent le plus mal. D’abord parce qu’il va concerner des catégories bien identifiées (comme les femmes qui n’ont pas assez d’années de cotisations). Et ensuite et aussi parce que s’est imposée une idée fausse sur ce qu’est cette fameuse barrière d’âge. Beaucoup de monde imagine que 65 ans ou 67 ans est l’âge auquel on a une retraite à « taux plein », plein pot. En fait, c’est l’âge auquel les pénalités pour les années de cotisations manquantes disparaissent. Mais cela ne redonne (hélas) pas ces années manquantes. Le problème est que le gouvernement n’a pas réussi à convaincre que cette mesure pesait financièrement lourde.

Sur quoi le gouvernement va-t-il bouger alors ?

La situation des chômeurs âgés, mais pas les carrières longues. Et il garde une botte secrète sur la pénibilité. Mais l’Elysée travaille aussi à un « coup » en marge des retraites : lâcher du lest sur le bouclier fiscal (Claude Géant puis Henri Guaino à ce micro) en ont parlé hier. Et çà, c’était inattendu.

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