Une erreur a été commise mardi dernier, au cours d’une chronique sur l’évolution des niveaux de vie. Une erreur qui mérite correction !

Nous avons des auditeurs attentifs et scrupuleux qui ont eu raison, avec quelques dizaines de mails, de me rappeler à l’ordre de la statistique. Autant les opinions avancées à ce micro sont ouvertes au débat, autant les erreurs factuelles doivent être corrigées ! De quoi s’agit-il ? L’Insee a publié mardi dernier une étude sur l’évolution des niveaux de vie en 2009 – derniers chiffres disponibles. Son indicateur- phare prend en compte le revenu disponible de chaque Français (salaires, revenus du patrimoine, prestations sociales, etc). Cet indicateur a à la fois globalement progressé malgré la crise (tant mieux) mais la pauvreté, elle aussi, a augmenté. Voilà le message général. Mais je relevais aussi que les inégalités étaient stables. Le niveau de vie des 10% les plus riches est égal, disais-je, à 3,4 fois celui des plus pauvres, ratio identique depuis quinze ans. Voilà ce que je disais, voilà ce que je n’aurais pas dû dire. Car si les chiffres sont exacts, je confondais, crime statistique, et je ne suis pas le seul, deux choses : les bornes et les moyennes !

Expliquez-nous cela et j’imagine que le résultat n’est pas exactement le même ?

Non. L’indicateur que je viens de mentionner dit quelque chose de précis : le seuil au dessus duquel vous êtes parmi les plus aisés est 3,4 plus élevé que le seuil en dessous duquel vous êtes parmi les plus pauvres. On compte des individus. La moyenne, c’est autre chose. On divise la population en tranches de 10%, on fait la moyenne des revenus qui se trouve dans chacune. Bref, les chiffres de l’Insee pour 2009 seront publiés dans deux mois, mais l’écart, en 2008 était, avec cette définition plus réaliste, de 6,7 fois. Surtout, l’écart entre les 10% les plus pauvres et les plus riches s’est accru de 10% en cinq ans. On trouve cela dans des documents assez pointus de l’Insee.

Qu’en conclure ?

Que les écarts de niveau de vie ont progressé en raison de l’envol des revenus, non pas de la catégorie relativement large du dernier décile (comme on dit), mais des très hauts revenus. Le dernier pour-cent, ou le dernier millième. Ce sont ces quelques dizaines de milliers-là qui expliquent les évolutions d’ensemble. Et puisque les livres de l’Insee sont ouverts, il est intéressant de regarder qui est concerné par ces niveaux de vie très supérieurs au reste de la population. On pointe toujours du doigt les chefs d’entreprise parce que leurs revenus sont les seuls à être publics mais, en dehors de quelques dizaines, ils ne viennent pas en tête. Les professions libérales, des médecins, des avocats d’affaires, les professions du conseil, des banquiers, les cadres des comités de direction, les sportifs de haut niveau, sont de loin les plus représentés.

Et que conclure de ce mea culpa pour le journalisme ?

Que l’envie de simplifier pour clarifier, et de résumer pour expliquer, conduit parfois à déformer. Mais faute avoué est, j’espère, à demi pardonné.

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