Et on reparle de la zone euro. Aujourd’hui, a lieu une réunion très importante de la Banque centrale européenne. Tout est parti d’une déclaration, fin juillet, du patron de la BCE en réaction aux flammes qui menaçaient une nouvelle fois l’euro. Mario Draghi a jeté des tonnes d’eau, avec une seule petite phrase : « La BCE est prête à faire tout ce qui sera nécessaire pour préserver l’euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant ». Dans cette phrase, chaque mot vaut des milliards, parce qu’elle a suffi à assurer un mois d’août tranquille sur les marchés, pour la première fois depuis longtemps. Seulement voilà, nous y sommes et Mario Draghi est attendu au tournant. Qu’a-t-il vraiment dans sa lance à incendie ? Le problème, on le sait, est que les pays en difficulté, comme l’Espagne et l’Italie, empruntent à des taux d’intérêt exorbitants pour se financer.Techniquement, qu’est-ce qui est possible ? Point numéro un, donc, les Etats n’y arrivent plus et plus les taux sont élevés, plus ils s’endettent et plus ils mènent une politique d’austérité, plus la corde se resserre autour de leur cou. Point numéro deux, des fonds européens, le FESF, le MES, ont bien été créés pour les aider. Mais ils sont insuffisants et les Etats qui, in fine, paient la note de cette solidarité, traînent les pieds - et on les comprend. Point numéro trois, tout le monde se tourne vers la BCE. Laquelle BCE est prête à racheter directement des emprunts espagnols par exemple, comme elle l’a fait pour la Grèce, l’Irlande et le Portugal – 225 milliards – si ces pays appellent à l’aide. Elle le fera si le taux de marché dépasse un certain niveau qu’elle ne dira pas.Derrière la technique, l’enjeu est politique. La BCE est la seule à avoir des moyens illimités pour casser la spéculation. Mais Berlin est réticent. Même si on ne les partage pas, les arguments allemands ne sont pas médiocres. En août 2011, la BCE a soutenu l’Italie mais, juste après, Berlusconi a fait un bras d’honneur aux réformes promises. La BCE s’est fait avoir ! Et puis, où va-t-on ? Depuis cinq ans, le mistigri passe de main en main. Les contribuables nationaux ont payé le prix de la crise, puis la facture de certains pays a été partagée au niveau européen ; maintenant, la BCE est Zorro. Et après ? Après, rien. Soit la planche à billets fait flamber les prix, soit le bilan de la BCE devient à son tour pourri. Pas terrible ! En face, on entend que l’euro est à ce prix. Vrai mais court ! Au-delà, les esprits revêches diront que les investisseurs s’en tirent toujours et que c’est pour cela que la Bourse applaudit. Les cyniques, eux, seront persuadés que les Etats (y compris la France) ne rembourseront de toute façon pas la totalité de leurs dettes.Votre conclusion? Alan Greenspan, l’ancien patron de la FED, disait aux marchés : si vous croyez m’avoir compris, c’est que je me suis mal exprimé. Ce n’était pas mon ambition.

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