L'édito éco de Jean-Marc Vittori, du quotidien Les Echos. La ligue 1 de football commence demain sa saison 2009/2010. Est-ce que la crise économique touche aussi le ballon rond ? A première vue, c’est tout le contraire. On a même une impression étrange d’apesanteur. Les grands clubs français ont battu tous les records pour acheter des joueurs – vous me permettrez en passant de dénoncer cette idée d’acheter des hommes qui est pour moi de sinistre mémoire. Bref. L’Olympique lyonnais, club français à avoir dépensé le plus d’argent, a sorti 24 millions d’euros pour faire venir Lisandro Lopez, un joueur qui passe plutôt pour un second couteau que pour une vedette. Et à l’échelle européenne, l’OL semble jouer petit bras puisque le Real de Madrid a payé 93 millions pour Cristiano Ronaldo. Le propriétaire de l’AC Milan a même parlé de sacrilège. Je rappelle à nos auditeurs non férus de football qu’il s’agit d’un certain Silvio Berlusconi, par ailleurs président du Conseil italien. D’où vient tout cet argent ? Quand on répond à cette question, on commence à se demander si cette folie va pouvoir durer. Car les clubs, parfois très endettés, ont quatre grandes ressources, sans compter ces fameux transferts. D’abord, les entrées au stade et les produits dérivés comme les T-shirts ou les sandwichs au jambon. Difficile d’imaginer ici que certains spectateurs ne vont pas devoir faire des économies et le foot n’est pas un produit de première nécessité. La deuxième ressource, c’est les droits télévisés. Or quand on voit Canal+ perdre des abonnés et les chaînes durement frappés par la chute de la publicité, on se dit qu’elles vont sans doute devoir calmer leur frénésie acheteuse. Des signes dans ce sens commencent d’ailleurs à apparaître. Troisième ressource : les sponsors. Mais là aussi, les entreprises ont moins d’argent à verser pour mettre leur nom sur un maillot. Enfin, il y a l’argent des capitaines d’industrie qui s’offrent des clubs comme antan des danseuses, avec par exemple les Russes dans les clubs anglais. Mais une fois encore, la tempête économique et financière freine les ardeurs. Ce qui se passe aujourd’hui ressemble donc au gonflement final d’une bulle qui pourrait bientôt exploser. Les footballeurs vont donc gagner moins d’argent ? Oui, et c’est normal. Ils sont dans le star system. Quand il y a moins d’argent dans le star system, il y en a moins pour eux. Les millions d’euros des footballeurs ne me paraissent économiquement pas beaucoup plus faciles à défendre que les millions des traders, même si un beau but donne du plaisir à des millions de spectateurs, ce que ne fera jamais un beau coup d’un trader. Je voudrais évoquer ici André. André était correcteur dans un mensuel où j’ai longtemps travaillé. Il avait sa carte à la CGT, mais c’était aussi un boursicoteur de premier ordre, un cycliste émérite et un fana de foot. Dédé, il expliquait qu’il n’allait plus voir les matchs car il trouvait que les joueurs gagnaient trop d’argent et qu’il ne voulait plus leur en donner. Ca me paraît un excellent principe. Vous trouvez que les traders d’une banque gagnent trop d’argent ? Allez dans une autre banque. Vous trouvez que les footballeurs empochent des fortunes imméritées ? N’allez plus au stade. Un PDG vous paraît excessivement payé ? Achetez chez le concurrent. Le consommateur est roi – eh bien, qu’il prenne le pouvoir.

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