Le robot Curiosity a donc réussi son arrivée sur la planète Mars hier matin. Cette mission a un prix : 2 milliard et demi de dollars. Est-ce que ça fait cher ? Le rêve n’a pas de prix, Bruno, et à l’évidence le rêve tient un rôle majeur dans cette histoire. Je peux alors tenter de répondre en faisant une sorte de portrait chinois. 2 milliards et demi de dollars, soit 2 milliards d’euros, c’est le prix d’une petite usine de puces électroniques, ou de 15 Airbus A 320, ou encore de 120.000 Renault Clio, ou de 150.000 années de smic : à l’échelle individuelle, c’est donc énorme. Mais à l’échelle collective, il en va tout autrement. Ca fait 2 heures de production de l’économie américaine. Ou même pas la moitié de ce que la Société générale a perdu avec son trader Jérôme Kerviel. Ou encore, comme l’a dit Charles Elachi, le dirigeant du laboratoire de la Nasa qui a piloté l’opération, le prix d’un billet de cinéma pour chaque Américain. Vu comme ça, c’est plutôt raisonnable. Autre façon de voir la même question, le programme a coûté moitié plus cher que prévu, et ça aussi c’est raisonnable quand on pense que la centrale nucléaire construite par Areva en Finlande va coûter presque deux fois plus cher que son prix initial. Le vrai mystère pour moi, il est ailleurs. 2 milliards et demi de dollars, ça fait à peine six semaines de budget de fonctionnement de la Nasa. On se demande comment l’agence spatiale américaine dépense son argent les 46 autres semaines de l'année.La mission va-t-elle avoir des retombées économiques, en expérimentant des techniques nouvelles ? C’est ce que j’avais tendance à croire. Mais c’est apparemment une idée fausse. Pour faire du spatial, pour envoyer une voiture d’une tonne à 250 millions de kilomètres, on exploite des technologies confirmées par l’expérience.

Des exemples ?

Dans le milieu spatial, on dit souvent que le meilleur lanceur est le plus vieux. Les deux équipements français de la mission, un four à pyrolyse, et un laser à volatiliser les roches, reposent sur des techniques éprouvées. Curiosity donne ses nouvelles par le classique twitter.Et enfin, la voiture, le fameux Rover, fonctionne avec un bon vieux moteur électrique alimenté au plutonium qui pourrait théoriquement tourner pendant des dizaines d’années. La plus grande innovation de la mission est sans doute logée dans la technique d’atterrissage sur Mars. Mais ça ne sert pas tous les jours et c’est difficile à décliner sur d’autres activité.Mais alors, du point de vue économique, une telle mission n’a-t-elle aucun intérêt ? La réponse à cette question se trouve sans doute dans les récits de science fiction. A y regarder de près, il y a trois grands motifs de voyages spatiaux dans les oeuvres de SF. Le premier est politique : c’est la guerre, au cour par exemple de Star wars. Les deux autres motifs sont économiques. C’est d'une part le commerce intergalactique, qui joue un rôle essentiel dans la saga Dune. Et d'autre part la quête de ressources rares. Dans le film Avatar tourné en 3D par James Cameron, vu par 300 millions de spectateurs, les hommes vont sur la planète Pandora pour récolter un minerai qui permettrait de résoudre tous les problèmes d’énergie sur la planète Terre. Imaginez un instant que l'on découvre sur Mars une matière inconnue, un million de fois plus efficace que l'uranium pour produire de l'énergie, sans avoir ses risques. La mission Curiosity pourrait la repérer, et la mission européenne Exomars prévue à la fin de la décennie en ramener un morceau. On ne serait alors pas très loin des chroniques martiennes écrites par Ray Bradbury, qui racontaient la colonisation de la planète par les Terriens. Au-delà de la passion scientifique, il pourrait bien y avoir un jour une logique économique dans la conquête spatiale.

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