Le sujet éco du jour concerne la fiscalité, et plus particulièrement ceux qui quittent la France pour moins payer d’impôts… Ils sont de plus en plus nombreux.

Oui, Bruno. Nos auditeurs trouveront peut-être le sujet un brin provocateur, eux pour qui l’actualité fiscale est surtout un avis d’imposition auquel ils savent ne pouvoir échapper. Mais les Echos a pu disséquer des données qui ouvrent une autre perspective sur l’impôt à la française: l’exil fiscal. Comme vous le disiez, ces contribuables qui choisissent de passer l’essentiel de leur temps à l’étranger et donc de ne plus payer leurs impôts dans l’hexagone.

Bercy crie rarement ces chiffres sur les toits, prend son temps pour les publier, préférant sans doute communiquer sur les repentis de l’évasion fiscale qui ont négocié leur retour. Chiffres en main, on comprend cette discrétion. Le nombre de ces exilés fiscaux est en hausse sensible chez les hauts revenus : 40 % en plus sur la seule année 2013 (la plus récente que nous ayons pu étudier).

Cela confirme et même amplifie la hausse déjà notée en 2012. Cela corrobore les alertes que des fiscalistes nous adressaient. Et difficile de ne pas corréler ces départs aux mesures fiscales des débuts de la présidence Hollande, même si le mouvement avait commencé avant, dès 2011…

Ce n’est tout de même pas très nouveau, de voir des contribuables riches se délocaliser pour optimiser comme on dit leur imposition. N’en fait-on pas beaucoup sur un phénomène marginal ?

Bien sûr, loin de moi l’idée de parler d’un exode de masse. Il est là question de quelques milliers de contribuables : un peu plus de 3 700 ayant un revenu fiscal de référence de plus de 100 000 euros en 2013, et aussi un peu plus de 700 redevables de l’ISF (+15%, là). Mais la valeur absolue n’est pas tout.

A y regarder de plus près, cet exil n’est plus l’apanage de grandes fortunes. Ce sont désormais des cadres supérieurs, des managers d’avenir, qui s’en vont. Ou encore des retraités, certes pas dans le besoin, qui s’installent au Maroc ou au Portugal, un pays qui au passage cultive cette nouvelle identité de havre pour seniors en mal de soleil et de pression fiscale modérée. Quand de tels exemples se diversifient, ils donnent des idées à d’autres…

Mais cela reste une population somme toute réduite. Il n’y a tout de même pas péril en la demeure pour les finances publiques ?

Péril, peut-être pas. Mais croire que le phénomène est anodin, restera indolore, ce serait une erreur. Les rentrées liées à l’impôt sur le revenu sont inférieures aux prévisions, c’est un des casse-tête pour Bercy. Or en France, cet impôt est si concentré que les 1% de contribuables les plus riches représentent 45 % de l’impôt sur le revenu. Plusieurs milliers de départs chaque année, à coup sûr, cela ne peut faire de bien aux recettes de l’Etat.

N’en déplaise à l’exécutif, en cette période de forte concurrence entre les pays, maintenir sous pression les principaux contributeurs à l’impôt sur le revenu, c’est accroître le risque de les voir voter avec leurs pieds.

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