Vous commentez ce matin, Dominique, le grand retour du débat fiscal. Oui, et c’est quelque chose qui est en réalité étonnant. Depuis une semaine, que ce soit à l’UMP, au PS - qui a présenté des propositions économiques hier soir -, dans la presse, on ne parle que de ça. « Ça », c’est le bouclier fiscal, la fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG, la suppression ou le maintien de l’impôt sur la fortune, le quotient familial, les niches fiscales – et j’en oublie. C’est un peu étonnant parce que ce sujet apparaît habituellement quelques mois avant une élection présidentielle, et nous sommes à deux ans de ce rendez-vous. C’est étonnant aussi, quitte à jouer les mauvais esprits, parce que ce que l’on attend quand le chômage est si haut, ce sont plutôt des idées neuves sur l’emploi. Bon, c’est dit ! C’est étonnant, mais il y a des explications. La première, bien sûr, est politique. Après avoir réussi à imposer le débat sur le bouclier fiscal, les socialistes n’ont aucune raison d’abandonner ce terrain si clivant (comme on dit) des impôts. Quant à lui, Jean-François Copé, le patron des députés UMP, il cherche à s’installer comme une force de propositions pour l’avenir. Et il y a des explications économiques ?Il y en a deux. La première est que la fiscalité reste malgré tout le levier de l’action publique sur lequel les responsables politiques ont le plus de moyens d’agir. Si un responsable politique promet une réforme du système économique international ou une hausse des salaires, il a peu de chances d’être cru. La fiscalité, c’est l’essence de la politique. La seconde raison, plus importante, est que ce retour du débat fiscal signifie au fond qu’un tabou est en train de tomber. Ce tabou, c’est la hausse des impôts. Depuis 2007, il n’y a pas eu, pour les ménages, de hausse générale de la fiscalité ou des cotisations sociales. A partir de maintenant, il faut comprendre que derrière le paquet cadeau des réformes fiscales, il y a la possibilité de demander des efforts aux uns, aux autres, ou à tous, pour boucher les déficits. Personne ne le dit clairement …Soyons concret. Le gouvernement réfute l’idée d’une hausse des impôts avant 2012. Mais il a annoncé qu’il économisera 2 milliards d’euros par an sur les niches fiscales en 2011 et 2012, cela fait quatre milliards. Qu’on appelle cela comme on veut, raboter une niche, c’est augmenter les impôts et cela concernera du monde ! Dans le cadre de la réforme des retraites, nul ne peut jurer qu’il ne se passera rien. Pour le reste, le rendez-vous est fixé à l’après 2012. Les socialistes ont le mérite de la clarté. Dans leur pré-pré-projet d’hier, ils évoquent, à côté de la taxation accrue des plus aisés, de la possible suppression du quotient familial, de la progressivité souhaitée pour la CSG aujourd’hui proportionnelle aux revenus -, (ils évoquent) une piste nouvelle : une hausse de la CSG payée par les retraités pour l’aligner sur celle des salariés. … et côté majorité ?Philippe Marini, le rapporteur UMP du Budget au Sénat, a demandé hier (dans Le Monde) d’ « assumer » une future hausse des impôts pour financer, même s’il ne le dit pas, les dépenses de santé. Le retour du débat fiscal est décapant, séduisant, intéressant mais il sera aussi décevant pour les contribuables à qui il n’apportera pas que des bonnes nouvelles.

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