**Le sommet sur le climat démarre donc aujourd’hui.Oui, mais le paradoxe est qu’il y aura des grands absents à Copenhague. Un sujet, d’abord, ne sera pas à la table de négociations et pourtant tous les pays ne penseront qu’à lui : la croissance ou plutôt les conséquences sur la croissance de la lutte contre le réchauffement. De la même façon, des acteurs essentiels de cette lutte seront absents alors qu’ils jouent et joueront un rôle essentiel : les acteurs économiques. Car 192 gouvernements vont discuter des objectifs de réduction des émissions de CO2 à l’horizon 2020 et 2050, se livrant à des calculs ultra-techniques à partir de la réalité d’aujourd’hui : 24 tonnes de CO2 émises par habitant et par an aux Etats-Unis, 10 en Europe et 6 en Chine ; Ils se déchireront pour répartir les efforts entre pays riches, émergents et pauvres. Mais quelle que soit la fumée qui sortira de ce conclave, blanche en cas d’accord – et c’est vrai qu’un vent d’optimisme souffle ces dernières heures - ou grisée en cas de simple déclaration – le plus probable -, les responsables politiques ne pourront rien faire seuls. Comment cela ?Les gouvernements peuvent fixer des normes de pollution pour les usines, les voitures et les maisons. Mais ces objectifs n’ont de sens que si les ménages acceptent de dépenser moins dans certains domaines pour dépenser plus ailleurs, isoler leurs logements, circuler propre. L’idée selon laquelle la croissance verte serait un lit de roses, toujours gagnant-gagnant, est une fable. Cette révolution nécessaire a un coût. Cette révolution aura aussi des effets sur l’activité économique. Mini-exemple : les ampoules électriques sont en ce moment remplacées par des ampoules LED. Ce ne sont pas forcément les mêmes industriels. La croissance verte, c’est de la création de valeur, mais aussi de la destruction de valeur. Enfin, cette révolution ne se fera qu’à une condition : que des innovations technologiques soient là. Or, derrière les belles images des éoliennes et des voitures électriques, dans beaucoup de domaines, on en est encore loin. Les acteurs politiques n’ont pas toutes les réponses. Quelle est la position des entreprises ?Elles ne sont pas hostiles à la lutte contre le réchauffement. Mais elles veulent de la clarté, de la visibilité et de l’égalité. En France, elles préfèreraient un accord contraignant et des sanctions internationales pour éviter les passagers clandestins, ceux qui ne font rien mais comptent sur les efforts des autres. Notamment en Chine et aux Etats-Unis. Or, les politiques n’ont pas été capables de faire appliquer Kyoto, qu’en sera-t-il de Copenhague ? Bref, attention aux illusions ?Oui. Copenhague est un défi pour les politiques qui doivent prendre aujourd’hui des décisions difficiles pour des bénéfices attendus demain. Ils sauront le relever mais c’est un défi pour les acteurs économiques pour qui c’est une nouvelle révolution industrielle moins de vingt ans après celle d’Internet. Au moins le cataclysme de 2008-2009 a-t-il clarifié les choses : la décroissance, nous l’avons vue de près, n’est pas une solution. Mais nous devons changer de modèle de croissance.**

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