Vous publiez ce matin dans « Les Echos » les résultats d’une enquête d’un cabinet spécialisé sur les prévisions d’évolution des salaires des cadres. C’est vraiment le régime minceur ?

Exactement. Ce que les entreprises prévoient pour leurs cadres –il s’agit du secteur privé– est encore une fois assez maigre. Comme c’est la troisième année consécutive, leur moral s’en ressent assez nettement. Concrètement, selon cette enquête réalisée par la Cegos auprès de directeurs de ressources humaines (DRH), l’enveloppe réservée à l’augmentation des salaires des cadres ne dépassera pas 2,5 % tout compris l’an prochain (en 2011). Tout compris, c’est-à-dire augmentations générale et individuelle, liée à l’ancienneté et aux promotions. 2,5%, cela n’a pas l’air si mal, mais c’est en fait un des chiffres les plus faibles depuis longtemps, plus faible qu’en 2009 et 2010. Les spécialistes estiment qu’en dessous de 3%, compte tenu des hausses un peu automatiques (ancienneté), c’est vraiment faible. Et compte tenu d’une inflation remontée autour de 1,5% cette année, il n’est pas surprenant que presque un cadre sur deux soit persuadé d’avoir perdu du pouvoir d’achat. On est loin de Google qui augmente tous ses salariés de 10% !

C’est la seule explication d’un moral en berne ?

C’est déjà beaucoup ! Les cadres comprennent que la crise a verrouillé le portefeuille de leur patron. Mais ils constatent aussi que les rémunérations sont de plus en plus individualisés, ce qui veut dire, si on réunit les deux constats, qu’une proportion non négligeable d’entre eux, un sur trois cette année, ont vu leur pouvoir d’achat effectivement reculer. Mais, c’est vrai, d’autres facteurs expliquent leur mal-être. Quand on interroge Raymond Soubie, celui qui était il y encore deux semaines le conseiller social de l’Elysée et qui observe ces questions depuis quarante ans, (quand on l’interroge) sur le climat social, que dit-il en priorité ? Que les cadres (surtout intermédiaires) ne vont pas bien, qu’ils sont coupés du top management, qu’ils ont l’impression de descendre l’échelle sociale sans même avoir droit aux aides publiques.

Il faut écouter aussi un responsable de la CFDT qui explique que les cadres sont toujours très investis dans leur travail, mais pas forcément dans leur entreprise. Voilà des signaux d’alarme. C’est donc sérieux.

Après une précaution qui consiste à rappeler que définir un cadre est impossible. Entre les ingénieurs autonomes, les commerciaux itinérants, les cadres de bureau, les cadres sup et d’autres plus proches de la maîtrise, il y a peu en commun. Cela étant dit, les cadres se sont longtemps vécus comme appartenant aux "couches" supérieures de la société ou en voie d’y entrer. Ce n’est plus le cas et la crise a accentué cette fracture. Fracture entre des cadres dirigeants qui n’ont pas été atteints (ni financièrement, ni statutairement) par cette crise et des classes moyennes qui ne se sentent plus reconnues, qui ont l’impression de vivre moins bien que leurs parents, et qui craignent que leurs enfants vivent moins bien qu’eux. On n’est pas si loin qu’on pourrait le croire des chiffres de la Cegos !

Et où passe la ligne de fracture ?

Impossible à dire. Mais on peut redonner deux chiffres même s’ils datent un peu : 130.000 cadres (1%) gagnent plus de 130.000 euros bruts par an et 13.000 plus de 300.000. Ce sont eux qui s’en sont le mieux tiré depuis une quinzaine d’années.

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