Hier, les réactions à la mise en cause du triple A de six pays de la zone euro se sont multipliées. Cette décision de l’agence Standard & Poor's est-elle critiquable ?

Oui à mon avis elle l’est, mais c’est une question débattue. Débattue d’ailleurs au sein de la rédaction des Echos où, forcément, ce genre de sujet passionne ! Ce qui appelle un jugement sévère, c’est moins le fond que le timing de l’annonce, le calendrier. La décision a été prise au plus tard lundi matin et elle a été publiée lundi soir. Entre les deux, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont accouché de propositions concrètes sur la rigueur et la zone euro. Mais de ce compromis, S & P n’en a tenu aucunement compte ! L’agence le reconnaît d’ailleurs. Comme si un échec avait été anticipé ou comme si ça n’avait aucune importance. Libre à S & P de dire ce qu’elle veut avant ou après cette rencontre, mais pas en plein milieu. Déjà, après un impair en novembre, le grand patron de l’agence avait sauté dans un avion pour venir s’excuser.

Cela dit, on peut se dire aussi qu’il y a des sommets censés être décisifs tous les trois jours...

C’est l’argument que l’on peut mettre en avant, avec un autre : au fond, cet avertissement met la pression sur l’Europe au bon moment. C’est vrai que sur le fond, la mise sous surveillance se comprend. Pour le monde entier, le fonctionnement de la zone euro est baroque pour ne pas dire bizarroïde – et les résultats ne sont pas bons – pour ne pas dire mauvais. Quand la dette tourne autour de 100% du PIB comme en France et en Allemagne, danger pour les créanciers ! C’est donc ce que l’on entend : d’un mal peut sortir un bien, les Européens, l’épée dans les reins, vont être obligés d’avancer. Peut-être, mais n’abusons pas de cette thèse sympathique : S & P n’a absolument pas publié sa note pour rendre service !

Et la France n’est pas soumise à un traitement de faveur...

Elle est le seul pays parmi les six à se voir menacée d’une baisse de deux échelons sur l’échelle des notes. Mais, au fond, est-ce surprenant ? Hélas, non. Selon les dernières prévisions de l’OCDE, seules la Grèce et l’Irlande auront un déficit public supérieur à notre déficit l’an prochain. L’absence de consensus sur les mesures à prendre entre la droite et la gauche est également un cas presque unique. François Hollande ne dit rien de la façon dont il reviendrait à 3% de déficit en 2013 puis à 0% en 2017 ; Nicolas Sarkozy, à Toulon, a mis sur le même plan, pour les récuser, les mots de rigueur, d’austérité et de déflation. Ce n’est pas un hasard si les seuls taux d’intérêt qui se sont tendus hier sur les marchés sont les taux français. Les mots ou les taux, il faut choisir, et ce n’est pas une simple affaire de timing !

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