Hier, les milieux économiques n’ont donc pas été entendus.

Non, ils avaient appelé à faire barrage contre le Front National, et le Front National a obtenu son plus gros score. La semaine dernière, la mise en garde avait été pourtant solennelle. Pierre Gattaz, pour le Medef, avait dénoncé un programme tourné vers le passé, je cite « exactement contraire à ce qu’il faut faire ». Plus intéressante je crois avait été la prise de position de la CGPME, représentante des petites et moyennes entreprises. Son président avait évoqué un projet « pas compatible avec l’activité économique ». Je dis plus intéressant parce que l’on pense souvent que les PME sont sensibles au discours frontiste. Là, la condamnation ne pouvait pas être plus nette. Les représentants des artisans avaient en revanche refusé de s’exprimer. Dans le Nord enfin, région très tournée vers l’extérieur, le patronat local s’était lui aussi mobilisé. Et donc, les électeurs n’ont pas été sensibles aux arguments rationnels sur les dangers, réels, que représenterait l’application au plan national du projet du FN : la sortie de l’euro, le retour à la retraite à 60 ans, la fermeture des frontières et les injures envers nos voisins - comme quand en septembre Marine le Pen avait expliqué tranquillement que l’Allemagne accueillait des migrants pour recruter des « esclaves » pour son économie – sans que personne ne réagisse. Pourquoi tout cela ne porte-t-il pas? Parce que le pouvoir régional est perçu comme limité (il ne va pas sortir de l’euro par exemple), que l’économie n’a été qu’une des raisons du vote, que les personnalités frontistes apparaissent neuves face à une classe politique là depuis 25 ans et que les corps intermédiaires sont eux aussi rejetés.

Mais il y a quand même, pour vous, une lecture économique du résultat d’hier ?

Nous devrions quand même nous demander pourquoi, chez nos voisins, les partis extrêmes ne montent pas aussi fort que chez nous. La réponse est que, en Allemagne et en Grande-Bretagne, ils ont des situations économiques bien meilleures, et notamment des taux de chômage bien plus bas – avec des politiques fort différentes. La France est un des seuls où il ne descend pas. Cela ne date pas de 2012. C’est le prix de trente ans de renoncement aux réformes qui ont porté leurs fruits ailleurs.

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