Quand le gouvernement fait perdre un demi-milliard d’euros aux usagers des autoroutes...

Franchement, on hésite sur la formule la plus parlante : à malin, malin et demi, reculer pour mieux sauter, et peut-être même se faire rouler dans la farine. Le régulateur du secteur des autoroutes a indiqué hier que le gel des péages autoroutiers imposé début 2005 par Ségolène Royal, la ministre en charge des Transports, se révèle finalement très avantageux pour les concessionnaires. Et très coûteux pour les usagers. Que s’est-il passé ? Parce que c’est toujours populaire, le gouvernement avait refusé la revalorisation prévue par les contrats de concession. Mais en échange, il avait accepté que les hausses soient reportées entre 2019 et 2023. Et ce sont justement les calculs du régulateur qui montrent que cela représentera à terme sur ces années à venir, un surcoût de 500 millions d’euros pour les automobilistes. Le chiffre n’est pas très fiable, parce que le ministère –qui doit être dans ses petits souliers- a refusé de communiquer ce qu’il a exactement négocié. C’est bizarre … Cela peut donc être moins, ou plus. Au-delà, les concessionnaires vont bien, avec un chiffre d’affaires en hausse (près de 10 milliards d’euros), des investissements stables et des dividendes qui ont doublé, plus de trois milliards. Des dividendes qui servent en partie –mais quelle partie ?- à rembourser l’acquisition des concessions. Attention : Bercy et les sociétés d’autoroutes contestent les calculs du régulateur.

Les routes ne sourient en tous cas pas à la ministre des Transports.

On s’en veut de faire des rapprochements rapides, mais ce demi-milliard rappelle un autre cafouillage : celui des fameux portiques écotaxes pour les poids lourds, portiques dont Ségolène Royal avait annoncé l’abandon en octobre 2014. La facture totale montage-démontage-indemnités etc. dépasse déjà le milliard d’euros. Mais au-delà, sur cet épisode autoroutier, il y a une leçon. Quand les responsables politiques privilégient le court terme électoral au détriment du moyen ou du long terme, comme cela a été le cas ici, c’est parfois gagnant pour eux, mais c’est la plupart du temps perdant pour la collectivité, comme c’est le cas ici. Autrefois, on disait que l’Etat avait le souci du long terme et que les entreprises s’occupaient de la gestion du court terme. L’inverse est de plus en plus souvent vrai.

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