Par Jean-Marc Vittor

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont proposé, lors du sommet européen vendredi dernier, un pacte de compétitivité. A quoi ça sert ?

C'est pour compléter l'euro. Quand on a créé la monnaie unique il y a maintenant douze ans, on a décidé en même temps un Pacte de stabilité, pour éviter que les pays fassent n'importe quoi avec leur budget et mettent ainsi en péril la monnaie commune. Mais avec la crise, il est devenu évident que ça ne suffit pas. Si les pays ne sont pas compétitifs, s'ils ne parviennent pas à vendre leurs produits à l'étranger, le Pacte de stabilité ne sert à rien. Il faut donc agir en amont, non seulement sur les finances publiques, mais aussi sur les salaires pour éviter qu'ils augmentent trop vite, sur les impôts pour les rapprocher, sur l'âge de la retraite. Voilà à quoi devrait servir ce fameux Pacte de compétitivité. Et puis il faut dire que ça va vise aussi à rassurer les contribuables allemands, qui ont très peu apprécié de payer pour venir au secours des Grecs qui prennent leur retraite dix ans plus tôt qu'eux.

Est-ce que ça veut dire que nous devons tous faire comme les Allemands pour que l'Europe marche ? Ca, c'est évidemment le rêve de Berlin. Mais on n'en est pas là. Ce n'est parce qu'on prend la même base pour calculer l'impôt sur les sociétés qu'on devient Allemand. Et ça n'est pas parce qu'on est empêché de faire de grosses bêtises qu'on va tous ressembler à Angela Merkel. Ceci dit, il y a dans ces nouvelles propositions franco-allemandes de quoi agacer beaucoup de monde, à la fois dans les gouvernements, dans les syndicats et dans les entreprises. Car c'est en fait un changement radical. Depuis près de vingt ans, l'Europe stagnait. Là, elle commence à avoir quelque chose qui ressemble à un nouveau chantier, et même à un nouveau programme. Il est question de se rapprocher non plus seulement sur le plan monétaire ou budgétaire, mais aussi en matière fiscale ou sociale.

Si le tandem Merkel-Sarkozy parvient à convaincre ses collègues, ce qui est pour l'instant loin d'être gagné, alors oui, l'Europe pourrait bien repartir de l'avant. Pourquoi avez-vous parlé du tandem Merkel-Sarkozy et non Sarkozy-Merkel ? Parce que c'est clairement la chancelière qui tient le guidon. Pendant la crise des banques, elle était restée à la traîne face à un Sarkozy flamboyant. Pendant la crise grecque, elle parlait même d'exclure des pays de la zone euro. Mais depuis, elle a beaucoup réfléchi. Lentement mais sûrement, elle s'est faite une conviction forte : l'Allemagne a tout intérêt à ce que l'euro survive.

Depuis, elle a proclamé haut et fort son attachement à la monnaie unique, devant les députés du Bundestag en décembre, au forum de Davos en janvier, à Bruxelles début février. Et puis elle multiplie les propositions. Autrement dit, c'est bien elle qui mène le jeu, tout en ménageant soigneusement son partenaire Nicolas Sarkozy. Au bout du compte, cette relance européenne est-elle une bonne nouvelle ? On peut se réjouir de voir enfin l'Europe repartir de l'avant. Avec toutefois une vraie question: la France a toujours privilégié la construction communautaire, fédéraliste.

Or Angela Merkel préfère la coordination entre pays, l'intergouvernemental comme on dit en jargon. Voulons-nous de cette Europe-là ? Nous devrons répondre rapidement, car l'Allemagne va maintenant très très vite.

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