On l'a appris hier : le classement de sortie de l'ENA ne sera pas supprimé. Nicolas Sarkozy perd une bataille engagée il y a quatre ans.

Cela a l'air d'une toute petite histoire élitiste et ennuyeuse. Elle est en réalité intéressante par ce qu’elle dit du fonctionnement de l'Etat. Voilà comment une décision prise au plus haut sommet du pouvoir politique peut être, pour de bonnes ou mauvaises raisons, torpillée, tuée à l'usure quand elle se heurte à des oppositions publiques et surtout souterraines. De quoi s'agit-il ? Depuis toujours, les élèves qui sont à l'école nationale d'administration ont un rang de sortie, rang qui leur permet, pour les premiers, de choisir l'endroit où ils vont aller – en tête le ministère des finances et le conseil d'Etat. Le 11 janvier 2008, Nicolas Sarkozy annonce la suppression de ce classement. Il lui reproche de créer des autoroutes vers le sommet pour ceux qui, parce qu'ils ont été brillants à 20 ans, vont avoir 45 ans garantis de carrière royale.

Mais la bataille ne fait alors que commencer !

Cette décision surprise provoque un vrai tremblement de terre. Et pendant quatre ans, les ministres de la Fonction publique vont rencontrer une résistance incroyable. Des parlementaires, droite et gauche confondues, anciens énarques parfois, mais aussi les associations d'anciens élèves, vont livrer une guerre de tranchée. Le gouvernement essaie de passer par la loi, cela ne passe pas ; il tente le décret, le conseil d'Etat le bloque ; il contourne par une autre loi, le conseil constitutionnel verrouille à son tour. A côté, « Star wars » et la « guerre des mondes » sont des promenades de santé. Et donc voilà, hier, Nicolas Sarkozy a dû baisser les bras.

Mais au fond, quel est le problème ?

Sur le fond, chacun pense ce qu'il veut du classement de sortie – il n’est pas faux de dire qu’il garantit l'élitisme républicain (comme à Polytechnique). Les mauvaises langues (il y en a) diront que les premiers de classe, à Bercy, n'ont pas empêché la France d'être dans une situation financière périlleuse (mais ce serait trop facile). La question est sur la façon dont une décision politique peut ne jamais être appliquée. Avec des lunettes roses, on dira que le Parlement est dans son rôle de garde-fou ; avec des lunettes sombres, on pensera que le lobby des grands corps est plus puissant que tout et que ce n'est pas normal. On se souvient de lois votées qui n'ont jamais été appliquées parce que l'administration s'y oppose ; Et que la suppression du classement avait fait les gros titres, alors que la suppression de la suppression a fait l'objet hier soir d'une pauvre petite dépêche AFP.

Bon, mais tout ça n'est pas très grave !

Non, cela concerne 80 élèves par an. Et de toute façon, je vous rapporte le mot amusé d'un ministre hier soir – non énarque – qui parle du camp d’en face – mais cela vaut pour l’UMP. « Il y a plus de différences entre deux socialistes dont l'un a fait l'ENA qu'entre deux énarques dont l'un seulement est socialiste ».

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