Ce matin, vous commentez le combat engagé par la Silicon Valley contre le décret anti-immigration de Donald Trump.

Oui, 97 entreprises de la Silicon Valley viennent d’attaquer en justice le décret pris il y a dix jours par le président américain pour limiter l’entrée sur le territoire de certains immigrants, à la fois ceux venant de sept pays à majorité musulmane et certains travailleurs très qualifiés. Apple, Google, Facebook, Microsoft, Intel, Twitter, Airbnb, Uber, etc… sont sur la liste. D’un point de vue américain, cette démarche est importante parce que l’on voit que le climat s’est nettement refroidi avec la Maison-Blanche. Mais d’un point de vue français, il y a, je crois, deux autres éléments qui peuvent nous intéresser. Le premier est de prendre conscience que plus de la moitié des vingt entreprises américaine de la tech ont été fondées ou sont dirigées par des personnes immigrées. C’est dire le rôle et l’apport de l’immigration dans la renaissance des Etats-Unis ces dernières années, ce que l’on appelle leur soft power, leur influence. Steve Jobs, le mythique fondateur d’Apple était le fils d’un immigré syrien et les PDG actuels de Google et Microsoft sont d’origine indienne. Sundar Pichai, le patron de Google, est né en Inde. Il est allé à l’université puis est parti à Stanford. La France, elle, affiche moins d’entreprises dirigées par des « immigrés ». A noter que Carlos Tavares et Carlos Ghosn, patrons du Groupe PSA et de Renault sont nés au Portugal et au Brésil.

Et le second point à relever ?

La démarche concertée des géants américains du numérique est inimaginable en France. Des entreprises qui attaquent en justice le plus emblématique des textes d’un président installé au pouvoir depuis deux semaines. C’est une manifestation du fameux équilibre des pouvoirs aux Etats-Unis et de la vénération pour le droit. Les entreprises ne se disent pas, comme ce serait le cas ici : « ciel, si j’attaque l’État, un contrôle fiscal va me tomber dessus ». Les patrons mouillent leur chemise y compris sur le plan politique, non pas par des organisations comme le Medef mais en allant elles-mêmes au front. Ici, on les critiquerait sans doute en leur reprochant de s’engager d’un côté ou de l’autre. C’est une conception totalement différente du rôle de la société civile et c’est passionnant aussi pour cette raison.

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