Le gouvernement a utilisé hier des mots durs pour condamner le blocage de la fusion Siemens-Alstom. Margarethe Vestager a des arguments. Mais dans un monde qui change, les stratégies doivent changer aussi.

Un train ICE et un TGV dans la Gare de l'Est
Un train ICE et un TGV dans la Gare de l'Est © Getty / ullstein bild

"Extravagant", "mauvaise décision" : c’est vrai, c’est inhabituel. Et la question est : a-t-il raison, avec Berlin d’ailleurs qui est sur la même ligne, a-t-il raison contre la Commission européenne ? 

Je crois qu’il a partiellement raison. 

Le dossier est complexe, c’est pour cela qu’il fallait peser le pour et le contre. 

-D’abord, on ne peut pas encenser depuis des mois Margarethe Vestager, la commissaire à la Concurrence, parce qu’elle a attaqué Google, et la juger soudain incompétente. 

-Ensuite, elle a des arguments : effectivement, sur la signalisation et la très grande vitesse, Alstom et Siemens réunis, cela aurait créé une position dominante, avec un risque sur les prix pour les consommateurs et l’innovation. Et effectivement, le géant chinois CRRC n’est pas présent du tout sur ces marchés en Europe actuellement, et probablement pas à court terme. 

Tout cela est vrai. Mais une question simple est posée : avec la priorité donnée à la concurrence et au consommateur, la création d’Airbus aurait-elle été interdite pour préserver plusieurs avionneurs locaux qui n’existeraient plus face à Boeing ? Peut-être. Même si la comparaison a ses limites.

Au-delà, le contexte a changé. Longtemps, l’Europe a été cartellisée, il fallait créer de la concurrence. Aujourd’hui, les pays émergents sont à l’attaque sur nos vieux pays qui risquent de devenir immergents (comme immersion). 

Ce sont des batailles impériales. Bruxelles dit : les TGV de CRRC (4 fois plus gros qu’Alstom) ne menacent pas l’Europe aujourd’hui. 

Mais qui aurait dit il y a 15 ans que les panneaux solaires seraient tous chinois et il y a cinq que Huawai ferait autant peur ? Personne. L’enjeu : maintenir la concurrence à l’intérieur de l’Europe mais aussi de constituer des groupes puissants sur les marchés extérieurs. 

Mais le gouvernement n'a que partiellement raison.

Oui, parce que si ce sont les gouvernements qui écrivent les règles européennes, ils peuvent les changer. 

Ensuite, les Etats et l’Europe ont les moyens de se protéger contre la Chine, en contrôlant l’accès aux marchés publics, en exigeant la réciprocité, en contrôlant les investissements. Ils ne le font pas beaucoup. 

Enfin, dans la fusion entre égaux avec Siemens, Alstom était le moins égal dans le couple, c’était Siemens qui portait la …enfin qui avait la main – vous m’avez compris. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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