L'édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ____ L'Europe privée d'approvisionnement en gaz russe, la consommation d'électricité qui bat des records à cause du froid : la France risque-t-elle la panne d'énergie ? Non, bien sûr ! Mais le télescopage de ces deux informations qui n'ont a priori rien à voir rappelle une chose : le prix de l'énergie, dont on parle ces derniers temps avec le pétrole, n'est pas le seul sujet important. L'accès à l'énergie, la quantité d'énergie disponible, le sont tout autant. Et ces deux événements sont intéressants, aussi, parce qu'ils soulignent le modèle français, qui mise tout sur le nucléaire. Bon alors, premier point : le pic d'énergie. La consommation d'électricité a atteint un nouveau record hier soir, à 91.500 mégawatts. Il a, du coup, été demandé aux habitants de Bretagne et de Provence-Alpes-Côte-d'Azur de, je cite, baisser impérativement leur consommation. Ça, c'est inédit. Et EDF importe de l'électricité, ce qui est rare, et a demandé aux industriels de baisser leur consommation. Que se passe-t-il ? Il faut savoir que 91.500 mégawatts, c'est nettement plus que les 75.000 mégawatts qu'on connaissait en période de pointe au début des années 2000, c'était hier. Entre les deux, les habitudes de consommation ont changé. Quand vous rentrez chez vous, vous allumez votre télévision, vous rechargez votre téléphone et votre ordinateur et vous remontez le thermostat de vos radiateurs. Et c'est là que le bât blesse, la France a un système de chauffage très spécifique, beaucoup plus électrique que la plupart des autres pays, qui utilisent le fioul ou le gaz. Et un degré de moins sur le thermomètre, c'est deux fois la consommation de la ville de Marseille d'un coup. Pourquoi cette préférence pour l'électricité ? A cause du nucléaire bien sûr. La France a 58 centrales qui assurent une grande part de notre consommation d'énergie. Les Français ne remettent d'ailleurs pas en cause ce choix. Mais l'électricité ne se stocke pas et les centrales tournent tout le temps. Pour qu'elles soient utilisées à plein, et comme l'électricité n'était pas très chère, EDF a fait la promotion du chauffage électrique, avec des prix attractifs. Et voilà comment les pics se multiplient. Alors, à partir de là, il y a plusieurs solutions. Importer davantage. Ou produire davantage d'électricité. EDF réclame la construction de centrales de nouvelle génération, les EPR. Avec un argument solide : aujourd'hui, quand il y a un pic, les centrales au charbon, au fioul ou au gaz sont remises en service. Et elles dégagent plus de CO2. On peut aussi diversifier les sources d'énergie. Eolien, voltaïque... l'objectif européen est de 20% d'énergies nouvelles en 2020. Mais ce n'est que 20%. Et la crise du gaz russe, qui n'arrive plus en Europe depuis hier parce que Moscou veut faire plier l'Ukraine, montre que l'indépendance est primordiale. La France n'est pas trop touchée : le gaz russe ne représente que 16% de notre gaz et on utilise peu de gaz. Mais tout ça veut dire que l'on n'a pas encore trouvé de vraie alternative au nucléaire. Les économies d'énergie sont une voie indispensable, l'isolation par exemple, et le changement des comportements. Mais ne rêvons pas trop. Imaginons qu'il y aura un million de véhicules électriques dans 10 ans en France. M. de la Palice dirait qu'il faudra trouver de l'électricité pour les faire rouler. Ces voitures consommeront l'équivalent de la production d'un réacteur nucléaire EPR ! On n'en a pas fini avec les pics électriques !

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