On a appris hier que les prix de l’immobilier ont baissé de 2% l’an dernier. Bonne nouvelle ?

Non, ce n’est pas une bonne nouvelle parce que les prix ne baissent pas assez pour être à nouveau supportables pour les revenus des Français, notamment dans les grandes villes. En deux ans, les prix dans l’ancien ont reculé de 4% par rapport à leur pic de 2011. Mais c’est loin, très loin, d’effacer les dix années précédentes, années pendant lesquelles ils avaient flambé de 140% en France, et même de 200% à Paris. Le niveau des prix est un frein majeur, peut-être le frein majeur, à la mobilité, au pouvoir d’achat et en particulier à l’installation des jeunes et des jeunes ménages dans la vie. A Paris, 8.200 euros le m2 ! La France est le seul pays européen où les prix n’ont pas bougé depuis la crise de 2008. Leur niveau marque une vraie différence avec l’Allemagne, où les salaires sont moins contraints par l’immobilier. Donc, non, la baisse des prix n’est pas suffisante.

Une question qui coule de source : pourquoi les prix restent-ils si élevés ?

Il y a deux raisons. La première est que taux d’intérêt sont bas depuis longtemps, cela encourage à s’endetter pour longtemps et donc à signer pour un prix élevé. La seconde, bien plus déterminante, est qu’il n’y a pas assez de logements en circulation ! Entre l’ancien et le neuf, ce sont un million de logements qui changent chaque année de main. Cela a l’air beaucoup, mais en fait, cela ne l’est pas quand on sait que l’espérance de vie augmente, que le nombre de divorces aussi. L’an dernier, il y a eu 25% de transactions en moins dans l’ancien qu’en 2011 parce que les vendeurs refusent de baisser les prix. Et il y a eu seulement 330.000 mises en chantier dans le neuf, le chiffre le plus bas depuis dix ans, loin des 500.000 promis par tous les responsables politiques.

Je repose ma question : pourquoi ? Pourquoi si peu de constructions dans le neuf ?

Parce que construire est complexe, revient assez cher et que les règles concernant le foncier ne facilitent pas la mise à disposition de terrains disponibles. La politique fiscale menée par Cécile Duflot ne rassure quant à elle pas les investisseurs, c’est le moins que l’on puisse dire, dans un pays où les locataires sont ultra-protégés. Ce qu’on sait moins, et çà c’est bien, c’est que la ministre du logement a aussi pris des ordonnances pour alléger les contraintes, par exemple l’obligation de créer des places de stationnement sous les immeubles neufs. Il y a une réflexion sur une autre obligation, celle qui fait que 100% des logements neufs doivent être accessibles aux handicapés. Le gouvernement a décidé de ne plus rajouter de règles ; il devra en réalité en supprimer.

Dans ce paysage morose, il y a quand même une bonne nouvelle

Oui. Ce que l’on a un peu moins construit en 2013, ce sont des maisons individuelles dans des lotissements, qui empiètent sur les terres agricoles, allongent à l’infini les villages et contribuent du coup à la pollution. Quitte à choquer, il vaut mieux des immeubles en centre-ville. Mais là, je m’attends à des réactions d’auditeurs !

► ► ► Aller plus loin :

Les chiffres parus hier sur le site de Century 21

  Le marché de l'immobilier ancien en 2013 : les chiffres de Century 21
Le marché de l'immobilier ancien en 2013 : les chiffres de Century 21 © Ide

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.