Ce matin, vous commentez la crise qui secoue la CGT.

Sur l’issue de cette crise, il y a une quasi-certitude : c’est le départ de Thierry Le Paon. Formellement, il a seulement (je cite) remis hier son mandat entre les mains du Parlement de la centrale. Mais s’il espère encore sauver sa tête, il croit aux miracles et croire aux miracles ce n’est pas la tasse de thé de la CGT ! Plus sérieusement, à partir de là, il y a deux analyses de ce qui se passe. Si on a le nez sur l’actualité immédiate, on décortique cette affaire glauque et vaguement ridicule : les demi-vérités et les mensonges de Thierry Le Paon, la rénovation de son logement et de son bureau, son salaire, ses indemnités. Bref, c’est le scandale d’un homme dans une époque qui exige de la transparence et de la vertu, a fortiori pour un syndicat ouvrier. Mais en réalité, si cette histoire a tant d’échos, c’est qu’elle touche une organisation malade. La CGT apparaît en effet incontournable, inconsolable et irresponsable.

Vous y allez fort !

Incontournable, elle l’est parce que c’est le premier syndicat français, très présent dans le privé, très puissant dans le secteur public. Il a une capacité d’action forte, déterminée, une visibilité médiatique garantie. Et sa voix est utile, souvent, pour défendre les intérêts des salariés. Mais en même temps, la CGT est inconsolable. Inconsolable pour les plus anciens de l’époque où, avec le parti communiste, elle faisait la pluie et le beau temps. Inconsolable, pour des plus jeunes, d’une époque où elle faisait plier le gouvernement Juppé, en 1995. Inconsolable du temps où elle pouvait mépriser une CFDT prête à pactiser avec l’ennemi. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, la CGT apparaît surtout irresponsable. Attention : aucune injure dans ce mot à prendre au sens littéral – n’acceptant pas les responsabilités de sa puissance. On pense à Goodyear, Aulnay, aux ouvriers du Livre, où des potentats locaux jouent contre l’intérêt des salariés et de leur métier. On pense surtout au niveau national où le premier syndicat de France refuse presque tout compromis et toute signature pour ne pas se salir les mains.

Cette crise de la CGT était-elle écrite d’avance ?

Non, le mandat de Bernard Thibault, avant Le Paon, a été celui d’un gâchis, d’un réformisme promis, mais pas tenu. La réforme de la représentativité initiée par Nicolas Sarkozy et son conseiller Raymond Soubie devait renforcer le tandem CGT-CFDT, l’occasion n’a pas été saisie. Et pourtant, Dieu sait que Sarkozy a chouchouté la CGT sur les régimes spéciaux de retraite. François Hollande est plus logique en s’appuyant sur la CFDT qui assume son réformisme.

Cette absence de stratégie de la CGT a-t-elle des conséquences sur le dialogue social ?

Elle n’est pas la seule responsable mais la faiblesse des autres acteurs fait que le dialogue social patronat-syndicats apparaît aujourd’hui –hélas, trois fois hélas- comme une machine à enterrer les réformes.

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