Beaucoup de Gilets Jaunes ont encore dénoncé ce week-end les disparités de revenus. Qu’en est-il ?

A côté des factieux, des manifestants véritablement dangereux et de ceux qui s’en prennent à la démocratie représentative, c’est souvent une colère sincère qui s’exprime sur la montée des inégalités dans les rangs des Gilets Jaunes. 

Quelle est la réalité sur le plan strictement monétaire (on ne parle pas là d’éducation, d’accès aux services publics etc.) ? 

Oui, il y a eu depuis dix ans un léger élargissement des revenus entre les plus et les moins riches. Mais après redistribution par le système fiscal et social, les écarts de niveaux de vie n’ont pas bougé - en tous cas jusqu’en 2018, on y reviendra. 

Quand on parle de redistribution, on parle de l’impôt sur le revenu, des aides au logement, des minima sociaux, de la prime d’activité, des prestations familiales etc. Pardon, on va citer des chiffres. 

Avant redistribution, l’écart entre les 10% les plus aisés et les 10% les moins aisés était en 2017 de 22,4 : en clair, le revenu des plus riches était en moyenne 22,4 fois plus élevé que celui des plus pauvres. Après redistribution, les plus riches ont un niveau de vie ramené à 5,6 fois celui des plus pauvres (voir doc redistribution monétaire), les uns montent, les autres descendent. La redistribution est donc massive, sans équivalent dans les autres grands pays. Les écarts ont peu bougé depuis dix ans. On mettra tous les chiffres sur le site de France Inter. Les 10% des personnes les plus aisés, avec un revenu moyen de 73.000 euros par an, paient les 2/3 de l’impôt sur le revenu, soit autour de 50 milliards d’euros. 

Les inégalités ne bougeraient donc pas ?! 

Non, globalement, elles ne bougent pas. Cela va contre une idée reçue, mais les revenus des 1% ou même 0,1% les plus super-aisés de la population n’ont pas grimpé par l’ascenseur. Voir doc sur les très hauts revenus en 2015. En revanche, ceux des 0,01% (6.000 personnes) et surtout des 0,001%, sportifs, patrons du CAC40, artistes, très visibles, ont augmenté -comme dans le monde entier. 

En 2018, la demi-suppression de l’ISF a-t-elle changé la donne ? Elle creuse les écarts de revenus, mais à l’inverse on a appris hier quasi-officiellement de la bouche de Bruno Le Maire que la taxe d’habitation ne sera finalement sans doute pas supprimée pour les 20% de Français les plus riches. Donc, l’échelle des revenus va ce coup-ci se resserrer. 

Qu’en conclure ? Qu’au total, nonobstant les impôts et cotisations largement payées par l'ensemble des Français à travers la TVA et la CSG, ce sont les classes moyennes supérieures non fortunées qui vont continuer à financer une partie importante de la solidarité et des transferts sociaux.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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