L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». __Les PME françaises sont touchées par une grosse vague de défaillances. Les statistiques qui seront publiées ce matin par le cabinet Altares vont montrer que le nombre de défaillances d'entreprises a grimpé de 15% au deuxième trimestre par rapport à la même période de 2008. Les tribunaux ont prononcé 14.000 jugements ouvrant des procédures de redressement ou de liquidation. Evidemment, ce n'est pas une bonne nouvelle. Mais le plus frappant est que le mouvement est le plus violent sur les PME un peu importantes, celles de plus de 100 salariés. Entre janvier et fin juin, on a compté 104 défaillances dans cette taille d'entreprise, presque 50% de plus qu'il y a un an. Cela fait des milliers et des milliers de salariés concernés. Cela confirme que les entreprises qui ont pignon sur rue ne sont pas les seules à avoir des problèmes. En région, un peu partout, des centaines de PME sont dans le même cas. Tout le monde a entendu parler d'Heuliez, mais combien de Bourbié, à Issoire en Auvergne, spécialisé dans le recyclage des métaux avec 300 personnes ? Des Bourbié, il y en a beaucoup. Cela veut dire que la crise n'est pas finie. On a l'impression, quand on entend les débats politiques et certains experts sur l'après crise, que la page est tournée. Pas du tout. Les défaillances de PME d'aujourd'hui, ce sont les plans sociaux de la rentrée. Dans un pays comme la France où les entreprises sont plus petites qu'ailleurs, par exemple qu'en Allemagne, elles souffrent plus. Alors, pourquoi cette petite musique qui joue l'air de ça va mieux alors que rien ne le confirme ? Il y a sans doute la lassitude des mauvaises nouvelles. Il y a aussi un ouf de soulagement parce que la planète est passée à l'automne au bord du précipice financier, quand le crédit s'est arrêté. Mais il y a surtout une injustice dont nous les médias sommes un peu responsables. Il est plus facile de parler des grandes banques, des constructeurs automobiles, que des PME moins visibles. Aujourd'hui, les banques vont mieux, les constructeurs automobiles s'organisent. Pas les PME. Il faudrait les aider. S'il y a une idée assez idiote qui tourne en boucle, c'est celle qui veut qu'il n'y a plus d'avenir pour l'industrie en France. En fait, la production des usines en volume n'a pas baissé ces dernières années. Si nous le croyons, c'est parce que l'emploi a diminué en raison des gains de productivité considérables effectués. Mais la vraie question est de savoir si toutes les entreprises qui sont en difficulté aujourd'hui pourront redémarrer demain. Ce n'est pas sûr. La priorité devrait être de préserver les sites, y compris avec des solutions originales sur le plan social, même si elles choquent parfois au premier regard. Que peut faire l'Etat ? Les députés vont passer 50 heures à discuter du travail du dimanche, pour faciliter la vie des touristes. Personne ne leur reprocherait de s'intéresser autant aux PME sous-traitantes, à leurs impôts, leurs charges sociales et leur accès au crédit. Pour dire les choses simplement, les économistes ne sont pas beaucoup optimistes ces jours-ci. Mais espérons qu'ils se trompent, ce ne serait pas la première fois !

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