François Hollande va donc ouvrir, aujourd’hui à 17h30, la troisième conférence sociale de son quinquennat et vous soulevez ce matin un paradoxe…

Oui, et le paradoxe qui surprend le plus et n’est pas celui dont on parle le plus, (ce paradoxe) c’est l’écart béant entre les tensions au sommet entre patronat et syndicats et le dialogue constructif que l’on observe en bas , dans les entreprises, entre le même patronat et les mêmes syndicats. En haut , on se castagne, on menace de boycotter qui l’ensemble des travaux, qui un petit bout. Comme des adolescents boudeurs qui traînent les pieds pour aller à une réunion familiale parce qu’ils ne savent pas comment se comporter et n’ont pas le courage d’affronter le regard des autres. A l’inverse, en bas , dans les entreprises, on n’a jamais autant conclu d’accords, discuté et tenu compte de la réalité de l’économie. Ce décalage est contradictoire avec le rêve d’un grand compromis social sur le modèle de l’’Europe du Nord. Mais il est là.

Les entreprises négocient donc beaucoup ?

Depuis quelques mois, c’est impressionnant. Altédia, un gros cabinet de conseil en stratégie sociale, a recensé les accords conclus entre les directions et les syndicats d’entreprise. Air France, IBM, Michelin, Peugeot, Renault, Sanofi, Sodexo, Schneider, et tout récemment Alcatel-Lucent. A chaque fois, après des mois de discussions, il y a plus ou moins un diagnostic partagé sur la situation réelle de l’entreprise, ses difficultés et ses forces. Et la négociation se termine par un accord de gestion de l’emploi ou de plans de départs volontaires si c’est inévitable. Par ailleurs, ce qui s’est passé au moment de la bataille sur l’avenir d’Alstom est intéressant. On a vu tous les repreneurs potentiels essayer de « draguer » les syndicats. C’est nouveau.

Et, en haut, comme vous dites, ce n’est pas le cas ?

Qu’il s’agisse des retraites anticipées pour pénibilité, des seuils sociaux, de l’emploi des jeunes, on voit que la fameuse Sainte Alliance des réformistes, longtemps constituée du Medef, de la CFDT, de la CGC et de la CFTC, a explosé. Les trois accords interprofessionnels qui sont mis en avant depuis deux ans, sur l’emploi, la formation professionnelle et l’assurance-chômage, sont plutôt décevants au vu des résultats. Le texte de janvier 2013 a par exemple permis de réduire les délais de procédure, c’est vrai, mais les « deals » emploi – salaire – temps de travail se comptent sur les doigts d’une main – trop compliqués.

Pourquoi, alors, cet écart entre le haut et le bas ?

C’est l’illustration de la crise du « politique », y compris celle des corps intermédiaires, qui ont du mal à s’engager, à prendre des risques. Ils sont conservateurs au sens propre. A l’inverse, dans les entreprises, le dialogue, plus discret, est plus facile : il y a une communauté de destins.

Votre conclusion ?

Soit le pouvoir politique certes consulte mais prend la main parce que la situation appelle davantage que des postures. Soit Hollande enferme ce soir le patronat et les syndicats et leur interdit de sortir tant qu’ils n’ont négocié des réformes qui changent vraiment la donne sur l’emploi. Vous riez ? C’est ce qu’a fait Angela Merkel un soir de 2009 pour les forcer à faire du travail partiel massif payé pendant la grande crise.

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