Le ministre de l'économie et des finances, qui fait un sans-faute depuis quatre mois, étend son périmètre au Budget et aux impôts. Il est chargé officiellement de la Relance, jusqu'à maintenant un gros mot pour les libéraux. Mais qui ne l'est plus.

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance
Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance © AFP / JOEL SAGET

On parle beaucoup depuis hier de Gérald Darmanin, qui quitte le Budget pour l’Intérieur, mais l’autre grand gagnant de la nouvelle équipe, c’est Le Maire. Il récupère le Budget et les impôts, qui s’ajoutent à tout le reste : le soutien à l’économie, à l’automobile, à l’aéronautique, aux entreprises et à l’industrie en général, aux artisans, sans oublier la partie européenne et internationale, avec les G7 et les G20, et la 5G. 

Emmanuel Macron l’a appelé vendredi soir pour l’informer de tout cela, il était donc on imagine assez zen ce week-end. Il faut dire qu’il a incarné la politique économique ces derniers mois. Dès le 5 mars, il a proposé à l’Elysée les prêts garantis par l’Etat et l’appel au chômage partiel XXL– en tirant les leçons de la crise de 2008-2009. Ce n’est pas par hasard. Son directeur de cabinet, Emmanuel Moulin, travaillait à l’époque avec Christine Lagarde puis à l’Elysée avec Nicolas Sarkozy et il a vu les erreurs à ne pas refaire. 

Du coup, Le Maire, avec Edouard Philippe et Olivier Véran, a été l’un des trois visages de l’Etat pendant la crise du Covid. Il n’a pas fait de faute de carre, et il a effectué un virage idéologique, pragmatique si on veut, impressionnant. Au point que les syndicats l'apprécient. Le très libéral candidat à la primaire de la droite en 2016, que le modèle social français faisait (je le cite) "rigoler", est devenu, avec le choc économique que nous connaissons, keynésien, interventionniste, et il dépense sans limite ou presque. 

De fait, il n’y a plus besoin de ministre du Budget à part entière, c’est open-bar ou presque – ce qui va finir pour inquiéter. En réalité, le risque souvent pour lui est d’en faire "trop". Bercy devient aussi le ministère de la Relance. C’est plus signifiant qu’on peut le croire. La Relance c’est, vu de Bercy, un gros mot depuis longtemps – on y est orthodoxe par définition et on y essaie vaille que vaille de tenir la dépense publique. La Relance cela fleure son millésime 1981. Un ministre venu de la droite qui pose ce mot sur l’intitulé de son ministère, cela a peut-être (je ne sais pas) le goût du plaisir interdit. Mais c’est un message politique : la politique de relance et de soutien à l’économie, le gouvernement ne la subit pas, il la revendique.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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