C’est une question que l’on peut effectivement se poser quand on voit le flot d’informations qui, dès qu’il s’agit de 2012, se déverse chaque jour sur la moindre déclaration, le moindre positionnement d’un premier ou d’un second couteau de la politique, le moindre frémissement d’un sondage.

S’il prenait à un Martien l’envie bizarre de débarquer ici maintenant, il serait persuadé d’une chose : les Français ne s’intéressent qu’à l’affaire DSK et à l’élection présidentielle. Or, la première (l’affaire DSK) passe dans la catégorie des faits divers ; la seconde n’aura pas lieu avant un an, plus précisément il reste 334 jours avant le second tour. On a l’impression qu’il a lieu demain matin. En réalité, bien d’autres sujets mériteraient, notamment en matière économique, qu’on s’y attarde plus en ce moment. Juste pour donner une idée chiffrée : dans la presse écrite nationale, on a parlé 1.100 fois de l’échéance de 2012 depuis seulement un mois ! Je ne sais pas combien de minutes de radio lui ont été consacrées !

Où le problème ? Il y a d’abord une interrogation sur une évolution qui concerne les médias qui, pour des raisons économiques d’audience, de moyens et de concurrence, se concentrent sur un nombre d’événements de plus en plus réduit. Le mot de "matraquage" serait outrancier, mais il faut absolument être dans le "bruit" général. Plus fondamentalement, le problème est que si une campagne présidentielle démarre un an -un an et demi avant l’échéance au cours d’un quinquennat, il ne reste plus beaucoup de temps utile. En gros, la dernière réforme importante de Nicolas Sarkozy aura été celle des retraites, entre le printemps et l’automne 2010. Le temps est de plus en plus court alors que le terrain de l’action politique est de plus en plus mouvant et que ses leviers sont de plus en plus émoussés.

Et, en économie, qu’est ce que la pré- campagne électorale cache ou "écrase" ? Un exemple : la situation économique des pays développés. Trois ans après le début de la crise, la machine s’est remise en route, mais il y a des interrogations pour savoir si les bonnes politiques sont menées. Les Etats-Unis, malgré les centaines de milliards injectés par le budget, par la Banque centrale, vont-ils plonger dans la récession ? Les derniers d’activité, de chômage, d’immobilier, ne sont pas rassurants ; la dette, elle, a explosé. Y a t il un plan B ? C’est le débat qui fait rage. Il a lieu aussi en Grande-Bretagne. 52 économistes ont lancé dimanche un appel pour, là, alléger la rigueur. En Grèce, au Portugal, l’austérité va-t-elle tuer le malade ? Faut-il effacer une partie de leur dette ? Sur tout cela, la France est concernée. Mais qui sait ce qu’en pensent Martine Aubry, François Hollande, François Fillon, Jean-François Copé ou Jean-Louis Borloo ? Nicolas Sarkozy lui-même est ultra discret.

Bref, il faudrait moins parler de la présidentielle et plus de la Grèce ? Oui ! Même si, c’est vrai, le match Martine Aubry/François Hollande, ou Nicolas Sarkozy contre lui-même est plus facile à comprendre et à expliquer que l’interminable et peu lisible route du Sisyphe grec.

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