Marisol Touraine a donc présenté hier la première réforme du quinquennat, sur les retraites. Quel est votre regard économique ?

Cette réforme de la réforme des retraites, je la trouve juste ... mais dans les deux sens du mot ! Juste au sens de la justice ; juste aussi au sens de « courte ». Elle est juste et légitime pour les personnes qui vont en bénéficier. Elle est un peu courte parce que le gouvernement traite quand même très légèrement les conséquences de cette mesure. Le signal économique envoyé n’est pas bon en cette période.

100.000 personnes par an vont partir en retraite plus tôt.

En rétablissant le droit à la retraite entre 60 ans et 62 ans pour les personnes ayant commencé à travailler à 18 ou 19 ans, le gouvernement corrige une situation qui d’une certaine manière choque le bon sens. Avec la barre des 62 ans, certains sont obligés de travailler 44 ans alors que la durée légale de cotisations va monter jusqu’à 41 ans et demi. Je me souviens d’une interview de François Chérèque aux Echos que nous avions titrée : la réforme Fillon, une réforme pour les cadres supérieurs. Pour certains salariés longtemps étudiants, le passage de 60 à 62 ans ne changeait pas grand chose.

Donc, la décision du gouvernement est logique ?

Oui, elle concernera moins d’un salarié sur six. A la réserve que le sens de la justice ne fonctionne que dans un seul sens. La majorité des Français partiront à 62 ans, mais les puissants conducteurs de la SNCF continueront à partir jusqu’en 2017 à 50 ans, et ils passeront en 2023 à ... 52 ans ! Passons.

Mais vous dites aussi : c’est une réforme « juste », dans le sens « courte » ?

Le gouvernement traite par-dessus la jambe les effets de sa décision. D’abord, c’est, depuis 1981, le premier texte sur les retraites qui n’a qu’un objet, accélérer les départs : le symbole est fort. Ensuite, l’alourdissement du prélèvement sur les salaires qui finance cette mesure n’est pas nul. A 2.500 euros bruts par mois, c’est 150 euros par an. Plus une hausse probable des cotisations aux régimes complémentaires Agirc-Arrco. Au total, on frôle les 5 milliards d’euros. Soit deux fois le relèvement de la TVA de 5,5 à 7% tant critiqué en janvier ! Alourdir le coût du travail avec une croissance nulle est original. Sans oublier le coup de pouce au Smic. Tout cela confirme que le gouvernement récuse l’idée d’un problème de coût du travail.

François Hollande a promis que cette réforme précéderait une grande remise à plat des retraites...

Là-dessus, on est dans le brouillard. Soit on lit cette réforme de la réforme annoncée à trois jours des législatives comme, en réalité, le cache-sexe de l’acceptation de l’essentiel des réformes Fillon et Sarkozy (les 62 ans) - et on se pince en se souvenant de ce qui était dit en 2010 ! Soit, cette réforme là préfigure un abandon des conditions d’âge pour ne garder que celle de la durée de cotisation. Et alors, il faudra dire aux Français que cette durée devra passer à 44, 45 ou 46 ans. Dans les deux cas, la discrétion sur les vraies intentions apparaît juste pas très normale.

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