La réforme du droit du travail était présentée hier. Le gouvernement a-t-il réussi son exercice ?

Je crois que oui, mais il y a en fait deux niveaux de réponse. Il a clairement réussi politiquement. Mais bien sûr, il n’a pas encore réussi économiquement. On attendra les résultats obtenus sur le chômage. Politiquement, Edouard Philippe et Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, ont déminé le terrain : ils se montrent ouverts à la négociation avec une cinquantaine de rencontres avec les partenaires sociaux d’ici le 21 juillet. Emmanuel Macron a appris de l’échec de la méthode sur la loi El Khomri et ils en tiennent compte. Au passage, relevons qu’il sautait aux yeux hier que Muriel Pénicaud, en tant qu’ancienne DRH, connaissait ce dont elle parlait, ce qui est un atout. Au-delà, à ce stade, personne ne peut dire sérieusement qu’on va tout droit vers une dérégulation totale comme l’a assuré Cécile Duflot en promettant, avec un grand esprit de nuance, quasiment le retour du travail des enfants. S’agissant du contenu, naturellement, la question est : économiquement, où tout cela mène-t-il ? Quel sera le point d’arrivée ? Les points d’acupuncture identifiés, sont-ils les bons ? Le nombre d’instances de discussions dans les entreprises l’encadrement des indemnités prud’homales, la négociation d’entreprise – mais jusqu’où ? Pour l’instant, la mer est calme parce que l’horizon reste un peu flou. Seule chose sûre : dans un an, quatre réformes auront été ouvertes : apprentissage, formation, assurance-chômage et droit du travail.

Il y a aussi de l’habileté, dites vous ?

Ce qui frappe, c’est la façon dont Emmanuel Macron «vend » à l’opinion, sur chaque terrain, une réforme simple à comprendre à côté d’autres plus complexes. Sur la fiscalité, c’est la quasi-suppression de la taxe d’habitation, plus concrète que les déplacements de tuyaux sur la CSG. Sur le social, on voit que la réforme du droit du travail va être forcément complexe et technique. En revanche, la promesse, réaffirmée hier, du droit aux indemnités chômage en cas de démission et pour les travailleurs indépendants est hyper parlante et je parie que c’est de cela dont on parlera autour des machines à café dans les entreprises. On peut dire que c’est la politique du bâton et de la carotte. Ou que c’est un habile mélange de salé et de sucré.

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