Treize départements veulent expérimenter le revenu de base. Est-ce le retour de la proposition phare de Benoît Hamon pendant la présidentielle ?

Dans le débat oui, dans la pratique non. Je m’explique. L’initiative présentée hier par ces 13 départements de gauche est intéressante, car elle avance des scénarios concrets, sur un concept jusque-là très abstrait. Et difficile à appréhender car tiraillé entre sa version libérale – un revenu universel qui permettrait de réduire les autres prestations – et une version sociale où l’on se libérerait du travail.

La réponse des départements est entre les deux. Ils proposent un revenu minimum de base, non universel – pas question de le verser à des millionnaires – et qui ne serait pas non plus fixe. Son montant serait dégressif à mesure que les revenus du travail augmentent. Ça vous rappelle quelque chose ? Il s’agit tout simplement du mécanisme inventé par Martin Hirsch en 2009, avec le Revenu de solidarité active, devenu aujourd’hui la prime d’activité. Le cumul, partiel, des revenus du travail et de la solidarité incite à la reprise d’un emploi tout en soutenant le pouvoir d’achat des travailleurs pauvres. On est donc loin du revenu universel popularisé par Benoît Hamon, et plus proche du revenu de citoyenneté promis par le nouveau gouvernement italien.

Rien de nouveau sous le soleil alors ?

Si parce que les barèmes proposés sont beaucoup plus généreux que le système actuel. Et parce que ce serait plus simple. Le revenu de base serait versé automatiquement alors qu’un tiers des bénéficiaires potentiels du RSA ne le demandent pas. Les 18-25 ans seraient éligibles. Et le taux de cumul entre salaire et prestation serait plus élevé. La facture, d’ailleurs, est à l’avenant. Entre 10 et 25 milliards d’euros en cas de généralisation du dispositif. Pour mémoire, le RSA et la prime d’activité coûtent 16 milliards.

On voit donc mal le gouvernement assumer une quelconque participation à ce projet, lui qui cherche au contraire des économies sur les aides sociales. Sur un point quand même, les deux démarches pourraient se rejoindre, puisque la majorité, qui dénonce le « maquis » des prestations, prétend simplifier le système. L’automaticité du versement du revenu de base serait un bon début.

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