En début de semaine, Anne Hidalgo a refusé d’accepter Total comme sponsor des JO de 2024. Une décision médiatiquement et politiquement payante, mais au fond intellectuellement paresseuse.

Ce refus d'Anne Hidalgo est intéressant parce qu’il pose une question simple : la transition écologique doit-elle se faire avec ou contre les entreprises y compris celle du secteur de l’énergie ? De façon inclusive, en les poussant de l’intérieur à changer, ou en les montrant du doigt comme le Mal ? 

Dans le cas des JO, Anne Hidalgo a eu une approche politique à l’écoute de sa majorité locale, un peu démagogique en réalité. Elle refuse les 100 millions d'euros des Jeux parce que le logo de Total aurait été visible à côté de sa promesse de faire les premiers Jeux 2° compatible, mais sans avoir protesté contre les 100 millions versés par le même Total pour Notre-Dame. 

Plus encore, en ayant rendu l’affaire publique, la maire soigne son image à peu de frais (pour elle) mais envoie un signal négatif sur la 1ère entreprise française par le chiffre d’affaires (200 milliards d’euros), qui -c'est vrai- extrait, raffine et vend du pétrole et des carburants mais investit aussi deux milliards d’euros par an dans les énergies propres et pousse les batteries électriques (Saft). 

En 2012 à Londres, en 2016 à Rio, on trouvait parmi les sponsors le chimiste Dow Chemicals, General Electric et Coca Cola. Ici, EDF et Engie (dont l'image est plus verte pour des raisons précises) restent en négociations. 

Bref, disons que ce refus est une paresse intellectuelle et une facilité politique. Seul point que marque la maire de Paris mais est-ce vraiment un bon point ? Elle aurait été très critiquée si elle avait dit oui. 

Et au-delà ? 

Au-delà, comment doit évoluer l’économie pour limiter le réchauffement climatique ? On ne voit pas bien ce que signifie concrètement la rengaine contre le productivisme forcément néo-libéral. C’était la même rengaine avec le Rapport du Club de Rome dans les années 70 (erreur de ma part à l'antenne sur la date) qui annonçait des famines qui ne sont heureusement jamais arrivées et un épuisement des ressources qu’on ne voit pas. 

Parler de ralentir la croissance fait rire légitimement les pays émergents parce que cela veut dire ralentir les revenus. Ce sont les revenus, l’activité des entreprises, leurs investissements qui trouveront des solutions pour que la croissance consomme moins d’énergie et de CO2. La transition démographique et la révolution verte n’étaient pas prévues, elles sont venues. 

La transition écologique sera rude, il faut moins de libéralisme dans le sens qu’il faut, oui, des normes sévères et des interdictions. Mais l’écologie n’arrivera pas plus à des résultats en jouant contre les entreprises que la santé ne progressera contre les vaccins. 

Il faut que les choses changent mais une excommunication ne suffit pas : Savez-vous combien de fois on trouve les mots climat et réchauffement dans le programme présidentiel Vert de Noel Mamère en 2002 ? Huit fois sur 26.000 mots. C’était il y a à peine plus de 15 ans. Notre obsession écologique est légitime mais elle est récente et les claquements de doigts ne suffiront pas.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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