L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ____ « Les Echos » révèlent ce matin l’ampleur des suppressions de postes de fonctionnaires envisagée pour 2010. C’est le chiffre sur lequel planche le ministère des Finances, qui a reçu l’aval de Matignon et de l’Elysée. Ce chiffre, c’est une baisse du nombre de fonctionnaires de l’ordre de 34.000 en 2010. Le curseur n’a pas été fixé par hasard, c’est la moitié du nombre de départs à la retraite prévu dans les services de l’Etat l’an prochain, c’est-à-dire 68 500. C’est ce dernier élément qui vient de sortir des calculettes du gouvernement. Il suffit ensuite d’appliquer la règle répétée par Nicolas Sarkozy il y a quelques jours, la fameuse règle du un sur deux : seul un fonctionnaire partant à la retraite sur deux doit être remplacé. Eric Woerth, le ministre du Budget, a commencé à recevoir ses collègues ministres pour leur annoncer la nouvelle. Si le chiffre d’environ 34 000 se confirme à l’arrivée, l’effort sera plus important qu’en 2008 et que cette année. Quels sont les arguments du gouvernement ? Des auditeurs doivent se dire : le chômage augmente et l’Etat fait des économies ! Chacun se fera son idée mais je crois qu’il faut connaître les arguments avancés. D’abord, il n’y a pas de licenciements, il y a 34 000 recrutements qui ne se feront pas. Ensuite, la France a un Etat qui a grossi depuis vingt ans sans assumer tellement de missions nouvelles. Le nombre de fonctionnaires de l’Etat a augmenté de 200 000 alors que les gains de productivité ont été énormes grâce à l’informatique. Nous recevons les déclarations d’impôt pré-remplies, plus besoin de recopier ce que les contribuables écrivaient à la main. Au total, avec les collectivités locales et les hôpitaux, la France compte 5,2 millions de fonctionnaires, un million de plus qu’il y a vingt ans. Or, un fonctionnaire embauché est pris en charge par le budget pendant 40 ans de carrière et 20 ans de retraite. La thèse est donc : la crise passera mais les finances publiques resteront dans le rouge. Ces arguments sont-ils audibles ? C’est la question. L’exercice politique était rude en période de croissance, en période de crise, c’est de la haute voltige, surtout quand les chercheurs et les gardiens de prison manifestent. Même si l’université, la justice ne seront pas concernées par les suppressions de postes qui se feront notamment sur la Défense. Politiquement, pour Nicolas Sarkozy, maintenir la baisse des effectifs, c’est une façon de tenir le cap de ses engagements. Et de dire : le déficit de l’Etat est tel que la seule solution pour ne pas augmenter les impôts est de réduire les dépenses. Ce pari est osé. Mais ce qui est vrai, à mon avis, c’est qu’il y a une confusion en ce moment entre le retour de l’Etat et le retour du politique. La crise doit marquer plus le retour de la décision politique, de la régulation, que de l’Etat avec ses milliards, qui n’ont jamais disparu. Un autre pari fait l’actualité ce matin : La probable nomination au poste de numéro 2 de France Télécom du directeur de cabinet de la ministre de l’Economie, Stéphane Richard. Il pourrait remplacer le numéro un, Didier Lombard, mais pas avant 2011 et il passera devant la commission de déontologie. Deux différences avec l’affaire Pérol.

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