Votre commentaire sur le second tour de l’élection présidentielle.

Ce qui frappe est que cette présidentielle est marquée du signe de la gravité, au sens physique du mot - les puristes doivent entendre loi de gravitation. Pour Nicolas Sarkozy, c’est cette loi qui s’est imposée ; pour François Hollande, c’est cette logique qui va s’imposer. Pour la droite, dix-sept ans de présence à l’Elysée, dix ans à Matignon, étaient un poids trop lourd pour gagner une nouvelle fois. Sur le plan purement politique aussi, la défaite de Nicolas Sarkozy était prévisible. En 2007, la France était partagée en trois blocs (PS-centristes-UMP) ; en 2012, elle l’est en quatre (PS-centristes-UMP-Front National). En sport, le grand écart est difficile. Pour le candidat UMP, cet écart a déchiré non pas les adducteurs, mais les électeurs ! Enfin, la conjoncture économique ne pouvait que faire sortir le sortant de la route - comme partout en Europe. Cela n’exclut pas ce qui tient à Sarkozy lui-même, mais la pente était forte. Finir, dans ce contexte, avec 48,3 %, est plus qu’honorable.

Cette loi de la gravité va s’appliquer à François Hollande ?

Oui ! Elle a un nom : l’atterrissage. Pendant la campagne, le candidat socialiste a réussi un bel écart : vendre aux marchés financiers la rigueur et vendre à l’opinion la relance et la justice. La rigueur, c’est la baisse des déficits publics ; la relance, c’est la hausse du Smic, de quelques allocations, une remise en cause partielle de la retraite à 62 ans et la suppression d’économies dans les dépenses publiques. Il y aura un atterrissage, parce qu’il faudra dire comment ces deux forces - rigueur et relance - vont fonctionner ensemble.

Et l’Europe ? Le nouveau président a eu une bonne intuition : le climat est favorable à un discours sur la croissance, les marchés après avoir voté l’austérité, changent de regard à cause de l’Espagne. Pendant la campagne, François Hollande a cependant déjà dû en rabattre, il ne parle plus de renégocier le traité approuvé par 25 pays sur 27, mais de le compléter. L’atterrissage va être d’autant plus rapide qu’il va falloir traiter en urgence un nouveau problème grec puisque le pays, à l’issue des élections d’hier, va être ingouvernable.

Comment vont réagir les marchés, quel mouvement ?

Les marchés de taux d’intérêt ne devraient pas bouger puisque la victoire de François Hollande était attendue : il a le bénéfice du doute. C’est du côté des marchés d’actions que la séance sera agitée. Pas à cause des élections françaises, mais à cause - donc - des élections grecques. Les législatives d’hier ont montré la force de l’extrême gauche hostile au plan de redressement en dépit des aides considérables apportées par les autres Européens.

Au total, pour la France, la victoire de François Hollande, c’est l’alternance. Pour Athènes, les élections d’hier, c’est l’incertitude ; Pour Angela Merkel, Paris et Athènes, c’était une mauvaise journée. Pour l’Europe, c’est un tournant mais difficile encore de savoir vers quoi. Conclusion : l’état de grâce pourrait bien être terminé avant d’avoir commencé. Bienvenue à l’état de gravité !

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