Ce matin, de l’économie très concrète : depuis hier, une usine automobile française produit des voitures qui seront bientôt vendues aux Etats-Unis.

Oui, et cette usine française, c’est l’usine Toyota de Valenciennes, donc du japonais Toyota ! Depuis hier effectivement, ses chaînes se sont mises à produire une version de la Yaris destinée spécialement aux clients américains. C’est intéressant à un double titre. Un : cette usine sera la seule en France (avec Smart) à envoyer des véhicules vers les Etats-Unis. Deux, le plus important : cela prouve que l’on peut produire en France des voitures et les exporter très loin ; cela réchauffe le cœur dans l’ambiance noire de l’industrie auto en ce moment. On va voir à quelles conditions.

On va voir, mais avant, quand même, on a envie de savoir quel type de voiture les Américains peuvent importer de France …

La Yaris est une petite voiture, qui existe en version traditionnelle essence ou diesel et en version hybride. L’usine de Valenciennes, qui alimente déjà beaucoup de pays à l’export, compte en vendre 25.000 par an aux Etats-Unis. Pour l’anecdote – puisque vous le demandez -, le pare choc est renforcé pour s’adapter aux normes de choc américaines pour protéger les piétons ; et les essuies glaces sont agrandis parce que les Américains aiment balayer la totalité du pare-brise. Voilà, vous savez tout !

Bon, revenons à l’économie, l’usine de Valenciennes confirme être un succès ?

Indiscutablement. Je vais donner des chiffres qui vont faire couler des larmes chez Renault et PSA. La production, l’an dernier, à l’usine de Onnaing, a grimpé de 34%, à tel point que c’est la quatrième usine automobile de France, derrière les sites PSA de Sochaux, Poissy et Mulhouse, mais devant les cinq usines de Renault. La première raison donnée par Toyota pour localiser ici sa Yaris américaine, c’est que le japonais veut se protéger d’un cours élevé du yen face au dollar.

Au-delà de cet aspect, quel est le secret de Toyota ?

D’abord, la Yaris marche bien. Ensuite, il y a quinze ans, l’industriel a été accueilli comme le Messie dans ce Nord sinistré, avec de gros fonds publics. Mais la clé, c’est qu’il n’a pas eu à gérer des lourdeurs historiques. Toyota a pu faire du neuf, une usine neuve et des accords sociaux neufs. Si on va plus loin, on s’aperçoit que les 4.000 salariés se sont adaptés aux méthodes japonaises.

C’est-à-dire ?

Depuis janvier, l’usine produit autant de voitures avec deux équipes qu’avec trois auparavant. Il y a surtout une accélération de la vitesse de la ligne de production. Chaque ouvrier intervient désormais sur un véhicule qui passe devant lui toutes les 60 secondes au lieu de 90 avant. Cela s’appelle le « takt time ». Et puis, il y a l’ « overtime », chaque ouvrier peut être obligé de travailler 55 minutes de plus par jour si nécessaire.

La flexibilité, c’est la solution pour produire en France ?

PSA, à Sevelnord, s’est inspiré de ce que fait Toyota à Valenciennes. Renault, dont les trois quarts des Clio sont assemblés en Turquie, a aussi renégocié des accords. Les syndicats ont raison d’être vigilants sur les conditions de travail. Mais Toyota montre une chose : il n’y a pas de fatalité. Et c’est bon à entendre. A oui, pour finir, on n’entend pas beaucoup les partisans de la démondialisation, y compris Arnaud Montebourg, se plaindre de ce qu’il se passe à Valenciennes. Bizarre, non ?

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.