Une question simple ce matin : la crise qui secoue Air France peut-elle affaiblir gravement la compagnie ?

Oui. Après la claque du référendum raté, l’entreprise se retrouve sans patron (Jean-Marc Janaillac partira lundi prochain), en plein conflit social, avec des syndicats boostés par leur victoire, une grève qui a déjà coûté 300 millions d’euros et un prix du pétrole qui remonte, donc qui va peser sur les coûts. 

Il faut savoir qu’Air France-KLM va devoir trouver son 4ème PDG depuis 2011 alors que ses deux principaux concurrents européens, le groupe British Airways/iberia d’un côté, Lufthansa de l’autre, en alignent un ou deux seulement sur la période. Pour s’adapter à un ciel bouleversé par les compagnies low-cost et celles du Moyen-Orient, un patron, Alexandre de Jugniac, a essayé la méthode forte pour réformer. Echec, il a dû partir en 2016. Le suivant, Janaillac, a essayé la méthode plus douce et la conciliation, en tout cas au départ. Echec. 

Alors, que faire ? Le prochain dirigeant va-t-il tout lâcher et renoncer à réformer ? Les chiffres, c'est vrai, montrent un redressement financier d'Air France. Mais en réalité, les bénéfices record de 2017 ont été surtout ceux du partenaire néerlandais KLM, qui en a assez de tenir la chandelle et Air France risque de devenir une compagnie de 2ème zone si ses comptes repassaient dans le rouge cette année. Lufthansa a transporté 130 millions de passagers en 2017, contre 100 pour le groupe français. 

En tous cas, les syndicats tirent sur la corde : la grève est maintenue aujourd’hui et demain alors même qu’il n’y a de fait plus  de dirigeant.

Mais Air France peut-elle disparaître ?

Pan Am, Swissair, c’est déjà arrivé. Mais non, Air France ne peut pas disparaître. L’airbag politique, économique et financier d’Air France, c’est le mot France. C’est d'ailleurs un point commun avec la SNCF. Ce sont des entreprises emblématiques et l’opinion, les salariés voire les dirigeants se disent que l’Etat bouchera les trous. 

Too big to fail, trop important ou trop gros pour faire faillite – rappelez-vous c’était une formule utilisée en 2008. Ces dernières années, ce parapluie supposé a fonctionné pour une entreprise publique (Areva) comme privée (PSA). Le problème, c’est que sauver une entreprise ou l’empêcher de couler (s’il fallait en arriver là pour Air France) ne veut pas dire qu’elle va aller vraiment mieux. 

La question pour Air France, c’est de savoir si elle veut vivoter ou vraiment voler loin.

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