François Fillon va donc présenter aujourd’hui un nouveau plan de rigueur, deux mois après celui de la fin août.

Oui, et on va savoir s’il s’agit d’une rigueur qui passe par des hausses d’impôt ou par des économies. Mais, avant, deux remarques. La première sur la forme : on verra si François Fillon dira le mot « rigueur ». Depuis cinq ans, ce mot est ridiculement tabou. Samedi encore, pour ne pas dire rigueur, le Premier ministre a dit « rigoureux » dans un discours à Morzine – discours au passage remarquable sur les évolutions économiques, que l’on soit de droite ou de gauche. La seconde remarque concerne le fond : il faut se pincer en réalisant que juste avant la présidentielle, le gouvernement assume à ce point les mauvaises nouvelles. Le budget 2012 sera le plus dur depuis 1945, répète-t-il. La raison ? Après un G20 qui a été un Grèce 20, le cauchemar absolu pour la France serait de perdre son triple A. C’est la première fois qu’une élection est sous la pression des marchés. C’est fou, mais si les marchés sont au volant, c’est parce que ce sont eux qui mettent l’essence dans la voiture – on leur demande 180 milliards d’euros cette année.

La rigueur est inévitable ?

Je ne vous surprendrais pas : oui ! Economiquement, la baisse des perspectives de croissance accroît mécaniquement les déficits. Et, politiquement, l’enjeu est de rester sur un pied égal avec l’Allemagne, qui est déjà un peu au dessus. Berlin a francisé son approche sur l’aide aux pays en difficulté comme la Grèce depuis deux ans ; Paris doit germaniser son attitude sur les finances publiques. Sur ce point, Nicolas Sarkozy a une attitude habile et intelligente avec Angela Merkel. Evidemment, il faut ensuite calibrer la rigueur. Elle doit réduire les déficits, mais ne pas casser la croissance et la consommation ; rassurer les marchés sans toucher les Français les moins aisés mais aussi sans provoquer la colère sociale.

Et, avec tout cela, le résultat est ?

Un plan d’environ 8 milliards après les 11 milliards de l’été. Parmi les mesures phare, on parle de l’accélération de la réforme des retraites – 62 ans en 2016 ou 2017 au lieu de 2018 – et on parle de la hausse de la TVA notamment sur la restauration. Dans le premier cas, c’est une décision politiquement lourde, mais cela n’a aucun effet négatif sur la conjoncture. Dans le second cas, la TVA, c’est un recul de plus, après le bouclier fiscal, sur une décision antérieure.

Et, ça va dans le bon sens ?

L’exécutif ne craint pas les coups. Cela étant, si la réforme de la réforme des retraites se confirme, on attend les arguments : il s’agit d’une réforme entrée en vigueur le ... 1er juillet seulement. Attention à ce que la rigueur ne se limite pas, comme toujours, aux coups de rabot et d’impôt sur les mêmes salariés. On attend mieux, l’examen de l’utilité même de certaines dépenses, niches fiscales, et missions de l’Etat, économiques ou sociales. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la Cour des comptes dans un rapport publié aujourd’hui.

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