Nouveau dépôt de bilan confirmé hier, celui du fabricant d’électroménager Fagor-Brandt. 1.800 personnes et quatre usines sont concernées. Ce n’est pas n’importe quel industriel. Fagor-Brandt est issu du regroupement en 2005 sous une même bannière des marques De Dietrich, Brandt, Vedette et Thomson. Des marques connues : chacun a, a eu ou connait leurs machines à laver le linge et la vaisselle, leurs réfrigérateurs. C’est la situation financière du groupe qui explique le dépôt du bilan, la dette est élevée, et la maison-mère espagnole va mal. C’est logique, l’immobilier, là-bas s’est écroulé, et donc l’équipement de la maison aussi. Pour la filiale française, le pire n’est pas sûr, elle a 14% du marché, mais le problème est que la conjoncture n’est pas la raison principale des difficultés.C’est ce que vous appelez l’effet sandwich ? C’est un phénomène bien connu en économie. Fagor est pris en sandwich. Sur le haut de gamme, il se bat contre des industriels qui peuvent augmenter leurs prix sans nuire à leurs ventes. Mil ou Miele (les deux prononciations existent) et Bosch-Siemens, devenu le numéro un du marché. Ou Dyson dans les aspirateurs. Et puis, en bas du marché, vous avez les fabricants low-cost asiatiques, Haier ou LG, qui cassent les prix. Sans oublier les marques distributeurs. Entre les deux tranches du sandwich, entre les poids lourds et les poids plumes si vous voulez, Fagor est coincé. Il a des coûts de production élevés, il ne peut pas baisser ses prix, mais il ne peut pas non plus les monter parce que son image n’est pas assez bonne. C’est le drame des poids moyens, et en plus sur ce segment il y a des très musclés qui ont les reins solides, comme Whirlpool et Samsung. Evidemment, les consommateurs, eux, sont ravis, ils ont des équipements plus sophistiqués pour moins chers. Mais c’est l’éternel conflit entre le producteur et le consommateur.Cet effet sandwich, on le voit dans ce secteur seulement, ou dans d’autres ? Il est très courant. Prenons l’automobile : le milieu de gamme est écrasé entre le low cost, Dacia par exemple, et les marques suffisamment puissantes pour imposer leurs prix. Je ne pense pas seulement à la Jaguar au volant de laquelle j’ai vu arriver André Manoukian il y a quelques minutes – mais non, c’est une plaisanterie. Mais aux groupes Volkswagen ou à BMW. Fiat, Opel, PSA sont pris en sandwich aussi. Dans l’habillement, dans l’hôtellerie, c’est la même chose. Dans le transport aérien, Emirates dans le haut de gamme et Ryan Air ou Easy Jet en entrée de gamme ont la vie plus facile qu’Air France.Cette crise des poids moyens a des conséquences sociales forcément désastreuses ? Ecoutez, pas toujours. La bataille économique, on le voit tous les jours, est mondiale. Et c’est très difficile pour les salariés, c’est vrai. En même temps, dans certains secteurs, le luxe, la beauté, la santé, les services, la distribution d’eau, la France est dans la position du poids lourd, du haut du sandwich, et taille des croupières à ses concurrents. Au fond, ce qui frappe le plus, c’est que dans cette bataille permanente, cette révolution qui implique le monde entier, aucune position n’est jamais acquise. C’est exaltant pour certains, et vraiment épuisant et violent pour d’autres.

Pour aller + loin

fagorbrandt se déclare en cessation de paiement
fagorbrandt se déclare en cessation de paiement © reuters

> Fagor dépose son bilan

Le N°5 européen de l'électro-ménager dépose son bilan en espagne et en France. La filiale du groupe espagnol, Fagor-Brandt va demander sa mise en redressement judiciaire. Fagor emploie 1 800 personnes en France.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.