Donald Trump a choisi d'organiser ce scrutin autour de sa personne et non pas de l'économie, terrain pourtant plus consensuel. Pourquoi ? Il ne veut pas se recentrer pour la seconde partie de son mandat et surtout infirmer la règle de conduite actuelle des populistes : tout ce qui n'est pas excessif est insignifiant.

US President Donald Trump attends a "Make America Great Again" rally at Bozeman Yellowstone International Airport, November 3, 2018 in Belgrade, Montana.
US President Donald Trump attends a "Make America Great Again" rally at Bozeman Yellowstone International Airport, November 3, 2018 in Belgrade, Montana. © AFP

Les Démocrates reprennent la Chambre des Représentants, les Républicains gardent le Sénat. 

L’un des mystères de ce scrutin restera bien celui-là : pourquoi Donald Trump a choisi de ne pas s’appuyer sur les bons résultats économiques des Etats-Unis, un terrain consensuel, mais d’aller sur le terrain de l’identité et de l’immigration. Il a sans doute voulu que ce scrutin porte sur lui et sa victoire à lui, derrière la défaite, c'est qu'il n'est pas rejeté. Et pourtant, l'économie était avec Trump.

Vous vous souvenez de la formule par laquelle un de ses conseillers avait expliqué la victoire de Bill Clinton en 1992 : It’ the economy, stupid ! (c’est l’économie, espèce d’idiot !). 

Les Etats-Unis sont dans la 9ème année de belle croissance, dynamisée par la politique de taux d’intérêt bas de la Réserve fédérale, puis par une baisse massive des impôts. Une croissance dopée aux stéroïdes, dira-t-on. C’est vrai. Mais le taux de chômage est très bas et le taux de salaire horaire a grimpé de plus de 3% en octobre ! La situation de l’emploi est telle que les entreprises n’arrivent pas à recruter, Exemple concret : les grands industriels de l’alimentation comme Nestlé, Unilever, PepsiCo ne trouvent plus assez de chauffeurs de poids lourds pour livrer, parce qu’il y a des jobs ailleurs et parce que Uber ou Amazon assèchent la main d’œuvre disponible.   

Est-ce que cela peut continuer longtemps ? 

Une fois que l’on a dit que les prévisions catastrophiques de 2016 se sont révélées fausses, et que Trump a réussi à renégocier des accords commerciaux avec ses voisins, notons que sa politique fiscale a un coût incroyable : c’est la 1ère fois depuis 50 ans, depuis la guerre du Vietnam, que le déficit budgétaire se creuse alors que la croissance est là depuis si longtemps. Il faut dire aussi qu’il a tourné le dos à son allié de 50 ans, l’Europe et que la relation avec la Chine est passée de la bienveillance à la compétition. 

Trump, en économie aussi, a repoussé les limites et refusé la modération au moins dans les mots. Il a renversé la formule de Talleyrand : "tout ce qui est excessif est insignifiant", est devenu "Tout ce qui n’est pas excessif est insignifiant" (rendons à César : formule empruntée au politologue Olivier Duhamel). Les résultats de cette nuit le contraindront-ils à adoucir le ton, sur la santé, sur le budget ou le commerce ? Pas sûr.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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