L'édito éco de Dominique Seux du journal "Les Echos". Lundi noir hier sur les places boursières mondiales. Les marchés ont-ils perdu la raison ? La réponse est simple : oui. Mais il faut ajouter que rien n'a jamais dit que les marchés devaient être raisonnables, gouvernés par la raison ! Ce qui se passe, c'est très concret, les opérateurs ne savent plus jusqu'où le cours des actions va tomber, et donc ils vendent. C'est vraiment une course psychologique. Alors, on peut chercher des explications et elles ne sont pas fausses. On peut dire que les investisseurs ne croient pas, n'achètent pas si on veut, le plan Paulson, désormais jugé insuffisant, qu'ils ne croient pas aux initiatives européennes. Mais une panique boursière est toujours un peu mystérieuse. Ce qui est intéressant, c'est de remarquer que les volumes d'actions échangés hier, à Paris en tous cas, sont des volumes normaux, pas plus que d'habitude. Ce ne sont donc pas les particuliers qui vendent, mais les professionnels qui ont besoin de liquidités. Si on regarde froidement, tout ça est exagéré, les Européens ne se précipitent pas dans leurs banques pour retirer leur argent, et aucun n'a perdu un euro. Mais c'est vrai que la période est un peu exceptionnelle puisque le premier ministre islandais a parlé hier soir de faillite de son pays. Qu'est-ce qui peut inverser la tendance ? D'abord, elle peut s'inverser toute seule et les bourses peuvent remonter très vite. Ce qui est sûr, c'est que les Etats européens mettent toutes leurs forces dans la balance pour essayer de rassurer. C'est la grande différence avec 1929, les gouvernements sont au chevet des marchés, ou plutôt des épargnants. Pour qu'eux, ils ne paniquent pas. Toute la difficulté est que les tentatives de gestion concertée sont difficiles en dépit des efforts, il faut le reconnaître, de la France. Chaque pays agit dans son coin, notamment l'Allemagne, mais elle ne l'avait pas caché, et Angela Merckel a redit hier soir son hostilité à un fond de sauvetage européen. Rien ne dit d'ailleurs qu'un tel fond serait plus rassurant. Les Allemands ne veulent pas payer pour les Portugais mais les Polonais n'ont pas de raison de payer pour les Allemands. Tout cela est virtuel pour l'instant quand même, les sommes investies sont limitées. La confiance reviendra quand il y aura des bonnes nouvelles, et ces bonnes nouvelles, ce sera quand les comptes seront clarifiés et que les crédits toxiques seront sortis, aux Etats-Unis et en Europe. Ce n'est donc pas pour tout de suite. Quand des signaux montreront que l'économie réelle résiste à tout cela. Quand la Banque centrale fera un geste politique pour baisser ses taux d'intérêt. On n'a pas assez remarqué que sa présence à l'Elysée, samedi, valait pratiquement un engagement sur ce point de Jean-Claude Trichet. Cela dit, il ne faut pas se tromper : on parle beaucoup des dépôts, le vrai sujet reste celui des liquidités des banques qui ne se prêtent plus entre elles. Dans cette crise... qu'est-ce qui se joue pour l'Europe ? L'enjeu n'est pas seulement de court terme et technique - éviter les dominos bancaires, et de moyen terme - trouver un dénominateur commun européen pour une nouvelle architecture financière internationale avec Washington. C'est au fond, la première épreuve du feu de l'Europe depuis la monnaie unique. On imagine ce qui se passerait sans elle. L'Europe a raté le passage de la nouvelle constitution. Elle ne doit pas rater cette épreuve là.

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