Le Fonds monétaire International, dirigé par Dominique Strauss-Kahn, a présenté hier ses prévisions d’automne sur l’économie mondiale.

Si on prend l’image de quelqu’un qui est tombé gravement malade il y a deux ans, disons que la fièvre est tombée, que les risques d’accident mortel sont écartés, mais que le pas du convalescent est hésitant et bancal et qu’une petite rechute est possible. C’est un peu le diagnostic du FMI qui utilise presque ces mots puisqu’il parle d’une économie : « languissante ». Soyons plus précis : ce qui attire l’attention de l’organisation de Washington est moins le niveau de la croissance mondiale attendue –4,8% cette année, à peine moins en 2011– que les déséquilibres qui existent partout. Le premier se situe entre les zones : la croissance des pays émergents pris dans leur ensemble tourne entre 6 et 7%, celle des pays développés entre 2% et 3%. Avec une mention spéciale pour les Etats-Unis dont la situation est jugée assez préoccupante. Mais cet écart de croissance entre les zones n’est pas le plus inquiétant.

Quels sont donc, alors, les vrais déséquilibres ?

Ce sont des déséquilibres qui font que la reprise est (je cite le FMI, décidément très imagé) « instable ». Dans beaucoup de pays, les acteurs privés et publics sont hyper-endettés, et le désendettement est pour eux la priorité. Cela fait forcément mal à l’économie parce la demande privée –la consommation et l’investissement– reste du coup trop faible. Et comme les comptes publics sont tous dans le rouge, le FMI appelle à les redresser pour ne pas être pris au dépourvu en cas de nouveau coup dur. A côté de ces déséquilibres internes à chaque économie, il y a des déséquilibres externes, qui font que les Etats-Unis importent trop et n’exportent pas assez, que la Chine (c’est l’inverse) exporte trop et n’importe pas assez. La nouveauté de ces dernières semaines est le risque d’une guerre des changes... pour rééquilibrer les échanges.

Un certain nombre de pays angoissés par cette croissance molle ou ces déséquilibres –il faut bien voir qu’un taux de chômage à 10% constitue aux Etats-Unis un énorme traumatisme– (des pays) se lancent dans des dévaluations compétitives. Les Américains veulent un dollar faible, les Chinois un yuan faible, les Brésiliens un real faible, les Coréens un won faible. La principale victime de tout cela est l’euro (une sorte de dindon de la farce !) l’Euro qui monte, l’Europe n’ayant pas de politique monétaire. Hier, DSK a mis en garde contre cette guerre des monnaies. Hier encore, un sommet UE-Chine a tourné au dialogue de sourds. On verra ce que dira la BCE qui se réunit aujourd’hui. En tous cas, la question des monnaies dont Nicolas Sarkozy veut se saisir, est cruciale –même si cela va être très dur de faire bouger les lignes. Au total, on le voit, le malade est quand même tenté d’user d’artifices pour se guérir sans changer d’hygiène de vie. C’est tout le problème.

Encore un point : Dominique Strauss-Kahn dirige le FMI. Ce qu’il dit peut-il être interprété sur le plan politique ? Honnêtement non, le FMI est un collectif et le directeur ne pourrait absolument pas manipuler les chiffres ou choisir une ligne uniquement pour envoyer des signaux aux Français ! Mais l’honnêteté impose aussi de dire que la prévision de croissance du FMI pour la France est inférieure à celle du gouvernement et que le FMI a appelé hier à des réformes ambitieuses sur le relèvement de l’âge de la retraite et que la France est expressément mentionnée !

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