Ce matin : le deuxième tournant du quinquennat de François Hollande vis-à-vis des entreprises.

Le premier tournant du quinquennat date d’il y a onze mois jour pour jour. François Hollande décidait, tout début novembre, d’appliquer les propositions du rapport Gallois sur la compétitivité des entreprises. Après le très dur tour de vis fiscal de l’été 2012, après les accusations violentes lancées contre de grands industriels, le message, répété en conférence de presse, était clair : rien pour la croissance ne se fera sans les entreprises. C’était logique et normal, mais cela a été lu comme un virage social-démocrate, d’ailleurs conforté par la signature plus tard d’un accord patronat-syndicats de flexisécurité sur le temps de travail dans les entreprises en difficulté.

Sauf que ce virage a - dites-vous - tourné court ?

Oui, car plusieurs signaux sont venus, ensuite, brouiller la ligne. L’affaire Florange, d’abord, avec l’idée baroque de la nationalisation du site et le conflit ouvert Jean-Marc Ayrault / Arnaud Montebourg. La réforme des retraites, ensuite, qui fait la part belle aux prélèvements nouveaux sur les sociétés. Mais c’est la préparation du budget qui a recreusé le fossé entre les entreprises et le gouvernement. Côté fiscal, la pause est apparue illisible, avec la création d’un nouvel impôt sur le résultat d’exploitation ; côté dépenses, l’absence d’économies visibles a renforcé le procès d’un Etat incapable de vraiment maigrir quand les entreprises le font tous les jours. Une personne un peu forte qui grossit moins vite ne maigrit pas, ironisait il y a peu un patron du CAC40. Les six derniers mois ont donc fait oublier et disparaître le tournant d’il y a un an.

Mais voilà un deuxième tournant se profile.

Il s’est concrétisé à la surprise générale hier. Depuis plusieurs jours, le gouvernement était embarrassé par le message sur le ras-le-bol fiscal, notamment celui des entreprises, car il sait que des patrons mécontents n’investissent pas et ne créent pas d’emplois. Hier soir, Pierre Moscovici est passé à l’acte. Il a purement et simplement renoncé à sa nouvelle taxe sur l’EBE, qui soulevait un tollé puisque, bêtement, de façon incompréhensible, elle taxait les investissements industriels. Bien sûr, il va, pour trouver les 2,5 milliards manquants, remonter l’impôt sur les sociétés, mais l’aveu d’une erreur n’est pas si courant. En novembre, il reconnaissait le problème de compétitivité. Hier, il a renoncé à une mesure dont les entreprises ne voulaient pas. C’est un virage, mais ce n’est pas le seul.

Il y en a donc un autre ?

Oui, sur les dépenses. Vendredi, le chef de l’Etat a envoyé en mission deux grands élus locaux, Alain Lambert (de droite) et Martin Malvy (de gauche) pour leur demander des idées d’économies. Le début de sa lettre est instructif. Je cite : « La dépense publique a atteint un niveau sans précédent, qui freine notre compétitivité sans garantir la préservation de notre modèle de services publics ». On peut ironiser sur la pagaille, sur ces renoncements, on peut ne pas croire ces intentions, mais on ne peut pas ne pas les voir. Il y a peut-être là un second tournant, bienvenu, dans le quinquennat.

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