Contrairement à certaines théories complotistes, les chiffres de l'immigration sont sur la table… et tant mieux. Ils renvoient dos-à-dos les partisans du laisser-faire total et du verrouillage des frontières.

Migrants demandeurs d'asile dans le centre de rétention administrative de Vincennes, à l'est de Paris
Migrants demandeurs d'asile dans le centre de rétention administrative de Vincennes, à l'est de Paris © AFP / Stéphane de Sakutin

Les députés vont débattre aujourd'hui lundi de l'immigration. Au-delà des objectifs politiques évidents d’Emmanuel Macron, au-delà du caractère éruptif de ce sujet dans une opinion chauffée à blanc par des polémistes brouillés avec les chiffres et la raison comme Eric Zemmour, au-delà de tout cela, ce qui frappe est que, justement, les chiffres sont désormais sur la table. 

Il n’y a jamais eu de volonté d’on ne sait qui de les cacher, mais il pouvait y avoir une réticence des autorités publiques à en faire une large publicité, craignant les amalgames. C’était un mauvais choix. L’Insee vient donc de diffuser un ensemble de documents, anciens et récents, sur ce que l’on sait sur l’immigration. Ce sont également des données publiques qui ont permis à Jérôme Fourquet, l’expert de l’Ifop, de calculer la proportion de prénoms masculins d’origine arabo-musulmane (c’est sa formule) dans les naissances de 2016 : 18,8%, un sur cinq, écrit-il dans son livre à succès, L’archipel français. Ce n'est donc pas le cas à plus de 80%.

Que disent les chiffres ? 

Il y a 6 millions et demi d’immigrés en France (étrangers nés à l’étranger), dont un tiers viennent d’Europe et 46% d’Afrique. C’est plutôt moins que dans d’autres grands pays, mais il y a eu une augmentation sensible depuis quinze ans.

Par ailleurs, il y a 7 millions et demi de descendants d’immigrés (un de leurs parents est né ailleurs).  Là, c’est plutôt plus que chez nos grands voisins, indique France Stratégie.

Soit 13 millions de personnes. En 2021, des nouveaux travaux montreront combien d’entre nous avons un lien avec l’immigration si on regarde cette fois y compris un de nos quatre grands-parents : probablement un tiers.

Enfin, on sait exactement, à la virgule près si on peut dire, combien il y a de demandeurs d'asile, en réalité pas plus qu'ailleurs relativement à notre taille et si on regarde sur cinq ans. 

Bien sûr, tous ces chiffres seuls disent peu de choses, ils doivent être complétés par d’autres qui évoquent l’intégration culturelle ou pas, l’emploi, le lieu de vie, l’éducation, la langue parlée etc. Ces données-là sont trop peu regardées mais elles existent. 

La transparence a donc progressé ? 

Oui mais elle n’empêche pas les fakes news. L’idée traîne ainsi qu’il y aurait 6, voire 10 millions de musulmans en France, c’est en fait plutôt 4-5 millions, selon l’Institut Montaigne. Enfin, la France est l’un des seuls pays où les étrangers en situation irrégulière sont dénombrés en partie via l’Aide médicale d’Etat : plus de 300 000 actuellement. Beaucoup, pas beaucoup ? Chacun jugera, mais c'est une multiplication par quatre en vingt ans. 

Au total, davantage que la réalité, c’est souvent la méconnaissance qui fait peur, le sentiment dans ce domaine comme dans d’autres de la perte de contrôle.  Savoir, c’est reprendre du contrôle pour éviter les fantasmes. 

Pour autant, quand on regarde l'ensemble des chiffres, les bases objectives et chiffrées de la nécessité d'un débat aujourd'hui sur l'immigration ne sautent pas aux yeux. En revanche, la volonté de ne pas laisser ce terrain à la seule extrême droite alors que la question migratoire fait progresser les populistes dans tous les pays (Donald Trump, Brexit, Italie etc.) permet de comprendre pourquoi le gouvernement en parle.

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