Les députés ont commencé cette nuit à discuter du détail du collectif budgétaire, qui prévoit des mesures fiscales et l’aide à la Grèce.

Et on peut se demander si les débats publics sur ce collectif budgétaire ne sont pas (pour parler de façon triviale) « à côté de la plaque ». De quoi parle-t-on ? D’une hausse de deux points de la TVA sur les chambres d’hôtels 4 étoiles, de la TVA sur les parcs de loisirs et de la fiscalité des plus-values immobilières (cela, c’est un vrai sujet). Mais, si on regarde les choses de près, c’est bien l’aide à la Grèce qui devrait attirer l’attention. Car le mécanisme de soutien aux finances publiques grecques aura augmenté la dette, en deux plans, de 30 milliards d'euros. Certes, il ne s’agit pas d’un chèque cash, il s’agit d’une simple garantie sur les emprunts. Mais, au total, l’aide à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande gonflera la dette de 40 milliards d’euros. C’est peu par rapport à un boulet de 1.600 milliards, ce n’est pas rien. Or, ces milliards là sont bien moins discutés que ceux du fameux Grand emprunt de 2009, pourtant moins élevé.

Cette discrétion, est-ce parce que cela ne changera rien pour les contribuables français ?

C’est la raison invoquée, puisque, sur le papier, cette garantie engage, effectivement, peu : la Grèce est censée rembourser ces prêts. En réalité, personne ne peut assurer qu’elle le fera. Cela paraît même de moins en moins probable, mais personne ne peut le dire officiellement. La situation économique de la Grèce ne s’améliore pas, et elle n’a pas l’air de mettre une volonté farouche pour la redresser. L’équipe d’experts de la Troïka – FMI, Commission européenne, Banque centrale européenne – a d’ailleurs quitté Athènes juste avant le week-end pour protester contre l’inertie politique. Il faut donc prendre au sérieux cet accroissement de la dette, qui n’est pas seulement comptable. Soyons clairs : "In fine", les Français rembourseront une partie des emprunts grecs.

Bon, mais est-ce un problème ?

C’est le prix de la solidarité européenne. Chacun sait que l’alternative à l’aide est la faillite de la Grèce et sa sortie de l’euro. Si cette hypothèse n’est plus, disons-le, écartée aujourd’hui, elle ferait courir un risque de domino sur d’autres pays. Mais cette solidarité n’a de sens qu’à trois conditions. Un : quand même, féliciter les Français, les Allemands et les autres de ce soutien sonnant et trébuchant, ils sont tout sauf égoïstes ; deux : les Européens peuvent aussi être, du coup, exigeants et précis vis-à-vis d’Athènes, une suspension de l’aide est possible, comme l’ont dit les Allemands hier ; trois : ce sujet grec mérite que chacun, chaque parti politique, fasse ses propositions pour sortir de cette crise grecque. Par exemple, le PS n’est guère précis. Car, en tout cas, transférer en catimini le bébé grec aux contribuables français en espérant que personne ne s’en apercevra est le meilleur moyen de nourrir les populismes de gauche et de droite.

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