Les bourses du monde entier continuent leur chute, jusqu’à moins 6,3% à Séoul à la mis journée. L'inquiétude sur les marchés financiers vient cette fois-ci de l'abaissement de la note des Etats-Unis par l'agence Standard & Poors. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Le message est simple : il n'est plus tout à fait sûr que l'Amérique puisse rembourser en temps et en heure son énorme dette publique qui dépasse les 14.000 milliards de dollars. Alors évidemment ce n'est pas une parole d'évangile. Les agences de notation se sont beaucoup trompées dans le passé. Mais il n'y a pas besoin d'être une agence de notation pour voir que la première puissance économique mondiale fait n'importe quoi. Les Etats-Unis ont d'abord engendré un système qui a débouché en 2008 sur la plus grave crise financière depuis près d'un siècle. Et ils ont continué à faire n'importe quoi en se jetant dans une fuite en avant budgétaire pour tenter d'éviter la répétition de la Grande Dépression des années 1930. Ils ont un énorme déficit, qui fait plus de 10% de la production nationale pour la troisième année d'affilée, et malgré ça leur croissance est quasi-nulle. Plus ça va, plus il paraît clair que les Etats-Unis risquent de ne pas dégager assez d'argent pour rembourser la dette, surtout si la classe politique refuse toute augmentation d'impôts. Et c'est une catastrophe pour la finance mondiale.

Pourquoi cette simple annonce d'une agence privée sur les Etats-Unis provoque-t-elle une secousse planétaire ?

Imaginez que vous habitiez dans une tour de cent étages. Dans l'ascenseur, en croisant des voisins, vous entendez des rumeurs sur la solidité des fondations. Et puis vous apprenez qu'un cabinet de contrôle technique comme Bureau Veritas ou Qualiconsult a déclaré que oui, il y a des fissures dans les fondations et que ça pourrait bien finir par poser un vrai problème. J'imagine que vous seriez paniqué, et non sans raison. Eh bien là c'est pareil, la dette américaine constitue les fondations de l'immense immeuble de la finance mondiale. Pour deux raisons essentielles : d'abord, c'est, ou plutôt c'était, le produit financier le plus sûr au monde. Ensuite, la masse de la dette américaine est énorme. C'est donc très facile à acheter ou à vendre. Résultat : tous les autres produits financiers du monde entier se définissent en écarts de taux d'intérêt et de risque par rapport aux obligations américaines. Aujourd'hui, la finance mondiale est en train de perdre ses fondations, ou au moins ses points de repère. Elle aura du mal à tenir debout.

Quelles conséquences pour nous ?

Très vite, quatre points.

  • Un : si vous êtes épargnant, avec des actions ou des sicav, ça risque d'être chahuté dans les jours et les années à venir. Les gérants de fonds du monde entier vont devoir ajuster leurs placements, ce qui va faire valser des milliers de milliards d'euros.

  • Deuxième effet : si vous devez emprunter de l'argent, ça risque de coûter plus cher. La dette des Etats-Unis étant plus risquée qu'on ne le croyait, les investisseurs vont demander un taux d'intérêt supérieur pour prêter leur argent et ça va se répercuter partout. Et puis certains banquiers devront accroître leurs réserves, ce qui les poussera aussi à relever leurs taux.

  • Troisième conséquence: le dollar risque de s'affaiblir, car il va inspirer moins confiance. Tant mieux pour notre plein d'essence fabriqué à partir de pétrole payé en dollars, mais sale coup pour nos industries qui facturent en billets verts, comme Airbus.

  • Enfin, même si c'est moins concret, la démocratie elle-même est menacée. Je vous rappelle que ce système politique est né en Angleterre à la fin du XVIIe siècle précisément pour contenir la dette publique et éviter que le roi ne fasse n'importe quoi avec l'argent. Les Parlements ont été créés pour contrôler les finances du pays, pour les rendre soutenables. Aujourd'hui, ils échouent dans cette mission. Dans la foulée, il est frappant de voir à quel point les hommes politiques sont en train de perdre leur crédibilité. Dans cette histoire de la dette publique se jouent aussi nos libertés politiques.
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