Au menu du jour, la banque centrale américaine, la Fed. On croit que c’est une institution austère ou siègent des financiers en costume-cravate qui essaient de sauver le monde de la banqueroute. Alors qu’en fait pas du tout, dans les réunions de la Fed, on s’amuse, et même on rit…

Et comment ! C’est désormais public, il y a des farceurs et des rieurs à la Fed. Les rires sont mentionnés dans le procès-verbal des réunions du comité de politique monétaire. Ce sont des réunions à huis clos, où les grands de ce monde décident de baisser ou de relever les taux, après force roulements de tambour et dans une ambiance de tragédie antique.

Des chercheurs se sont même amusés à tracer la courbe de la gaudriole pour voir si elle collait avec les hauts et les bas de l’économie.

Bien vu. Courbes des taux et blagues à Toto, la corrélation saute aux yeux. (La formule n’est pas de moi, je l’ai empruntée à Nessim Aït-Kacimi qui signe un article plein d’humour dans Les Echos ).

On n’a jamais autant rigolé à la Fed qu’au printemps 2007 : 90 fois en une séance, une vraie poilade. C’était juste avant l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis. Et puis patatras, la crise a éclaté. En août, aucun banquier central n’a osé rire autour de la table.

Un peu comme en 2000, quand la bulle d’Internet a éclaté, je suppose ?

Ah non, justement, 2000, c’est l’exception. A l’époque la Fed était dirigée par Alan Greenspan, qui a eu cette formule célèbre sur l’ « exubérance irrationnelle » des marchés. Eh bien en comité de politique monétaire, on a continué à être exubérants, à se bidonner gentiment, alors que la nouvelle économie était en train de s’évaporer. Il faut croire que les banquiers centraux ont eu moins peur en 2000 qu’en 2007.

Et maintenant, est-ce qu’on rit de nouveau à la Fed ? Parce que ce qui nous importe, c’est de savoir si l’économie va redémarrer…

Ce serait bon signe. Mais personne ne le sait, parce que la Fed publie les minutes de ses réunions secrètes seulement cinq ans après.

En réalité, les banquiers centraux américains doivent être un peu crispés. Ce n’est pas la fête, loin de là.

Bon d’accord, la croissance est sauvée. Ben Bernanke a joué le rôle de superman de l’économie américaine depuis six ans. Sous sa présidence, la Fed a déversé des tombereaux d’argent sur le pays pour que banques prêtent et que les entreprises investissent.

Mais il y a un bémol. Tout cela coûte très cher, encore aujourd’hui. Rendez-vous compte : chaque mois, la Fed rachète pour 85 milliards de dollars de créances afin de rassurer les marchés. Ce sont des obligations fédérales – parce que l’Etat vit à crédit comme chez nous – et aussi des dettes immobilières plus ou moins frelatées.

En plus, Superman est obèse. Le bilan de la Fed est passé de 800 milliards de dollars avant la crise à 3 600 milliards. Du jamais vu.

Il faut s’en inquiéter ?

Oui parce qu’on ne sait pas comment sortir de là. L’économie américaine est encore sous respirateur artificiel, et on a peur qu’elle s’évanouisse quand on retirera le tuyau. Il faut y aller progressivement. Ben Bernanke a commencé à prévenir les marchés fin mai. On passera à l’action vers septembre.

Attention, il ne s’agit même pas de remonter les taux d’intérêt qui sont proches de zéro. Ca, ce serait la panique.

La Fed veut seulement sevrer le malade en lui donnant un peu moins de drogues que ces 85 milliards de dollars qu’il engloutit chaque mois.

Est-ce que Ben Bernanke est l’homme de la situation ?

Bernanke a un surnom. C'est « Helicopter Ben », parce qu’avec lui, l’argent est tombé du ciel pour lutter contre la déflation.

Maintenant qu’il faut inverser la tendance, Bernanke ne va probablement pas briguer de nouveau mandat en janvier. Sachez-le : on cherche un nouveau superman à Wall Street. Et c’est même un job où on peut rire.

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