La Russie a décrété un embargo sur les produits alimentaires européens et américains. Comment en est-on arrivé là?

L’histoire est simple. Souvenez-vous : en mars, la Russie annexe la Crimée après un vote des habitants de cette péninsule du sud de l’Ukraine. Les Occidentaux sont choqués, mais ne réagissent pas.

Puis en juillet, un avion de la Malaysian Airlines s’écrase dans l’est de l’Ukraine, sans doute abattu par un missile tiré par des rebelles pro-russes. Là, c’est trop : fin juillet, l’union européenne adopte des sanctions. Elle interdit le financement des banques publiques russes et les nouvelles ventes d’armes.

Maintenant, c’est au tour des Russes de riposter. Interdiction des importations alimentaires venant de l’Union européenne et des Etats-Unis. Le pays achètera du fromage néo-zélandais ou du poulet brésilien. Et Moscou fait miroiter d’autres mesures, comme l’interdiction de survoler son territoire, ou des règles protectionnistes pour limiter les importations de voitures.

Qui va être pénalisé par cette mesure ?

Le but, c’est de faire mal aux producteurs européens, qui exportent vers la Russie chaque année pour 12 milliards d’euros de viande, d’œufs, de produits laitiers, de fruits et de légumes. A elle seule, la France vend plus d’un milliard. Les prix risquent de s’effondrer, en particulier pour les fruits qu’il ne sera pas facile de vendre ailleurs.

Mais les Russes vont aussi s’en prendre plein la figure. D’abord, les consommateurs vont payer leurs pommes, leurs yaourts, leur vin plus cher.

Ensuite, la montée des tensions inquiètent les investisseurs internationaux qui préfèrent placer leur argent ailleurs. Les taux d’intérêt montent en Russie, ce qui pèse sur l’immobilier et l’investissement.

L’économie russe, qui est déjà pratiquement à l’arrêt à en croire les dernières prévisions du FMI, pourrait même être précipitée dans la récession par cette escalade.

Cette escalade, comme vous dites, va-t-elle continuer ?

A court terme oui, car aucune décision ne se profile pour l’arrêter. Vladimir Poutine ne va pas retirer ses troupes massées aux frontières de l’Ukraine ni cesser d’armer les rebelles pro-russe en Ukraine. Les Européens vont donc continuer, sauf à se ridiculiser. Il va donc y avoir d’autres dégâts, sans changer d’un iota la position des uns et des autres.

On ne voit pas dans ce contexte comment la France pourra décemment livrer aux Russes dans les prochains mois les fameux Mistral, deux navires de guerre truffés d’électronique dernier cri.

Des mesures douloureuses qui ne servent à rien… C’est absurde !

Vieux débat ! En 1910, un essayiste anglais, Norman Angell, avait publié un livre à succès qui s’appelait « La grande illusion », titre repris vingt-cinq ans plus tard par Jean Renoir pour son célèbre film.

Angell soutenait qu’il n’y aurait plus de grandes guerres, car elles étaient devenues trop coûteuses.

Economiquement, il avait raison : les guerres sont trop coûteuses. Mais politiquement, il avait tort, comme le prouva la suite de l’Histoire.

Cette fois-ci, nous pouvons espérer échapper à une guerre militaire, pas à une guerre commerciale. Mais comme en 1914, il s’agit d’un choix politique, et je vais donc m’arrêter ici.

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