Walt Disney va recevoir une subvention de 18 millions de dollars pour tourner son prochain film en Californie. Pourquoi cette générosité?

L'explication tient en deux mots: concurrence fiscale. Cette expression fait penser aux empoignades pour l'installation d'une usine automobile ou d'une activité financière. Mais les Etats se livrent aussi à une lutte féroce pour attirer ou retenir les tournages de films et de séries. Ce qui n'a pas échappé à Walt Disney et son oncle Picsou qui ont obtenu la plus grosse subvention jamais accordée par la Californie, pourtant le symbole de l'industrie du cinéma avec les studios de Hollywood.

Quels sont les concurrents dans cette course au moins-disant fiscal?

La liste est longue. D'abord des Etats américains. L'Etat de New York met sur la table 400 millions de dollars sur la table chaque année pour attirer les tournages. Il y a aussi le Texas, ou la Géorgie, où a été tourné le blockbuster "Captain America: civil war". Sans parler du Canada voisin. L'Europe n'est pas en reste. Les pays de l'Est cassent les prix, le Royaume-Uni en a fait une priorité absolue avec d'énormes moyens et ses immenses studios de Pinewood, près de Londres. La France est aussi dans la course, avec un crédit d'impôt qu'elle ne cesse d'élargir y compris à des films tournés en anglais.

La bagarre est-elle seulement fiscale?

Non, il n'y a pas que l'argent qui compte. Il y a aussi la compétence technique. La Californie bénéficie bien sûr de son ancienneté, mais le Canada et le Royaume-Uni sont très forts dans les effets spéciaux, qui constituent une part de plus en plus importante des budgets. L'Angleterre a ainsi attiré l'an dernier deux fois plus d'argent venant des grosses productions que la Californie. Les producteurs sont sensibles à deux autres arguments: la souplesse du droit du travail, car un tournage se fait rarement à heures fixes. Et puis les services disponibles autour, comme la restauration ou même la garde d'enfants.

Au fond, la générosité des Etats envers le cinéma est-elle justifiée?

Comme toutes les activités économiques, le cinéma génère emplois et richesses. Il peut donc être légitime de l'encourager. En plus, de belles images de cinéma peuvent attirer les touristes. Donc, oui, cette générosité peut se justifier. Mais attention aux rentes. L'industrie du cinéma est un lobby puissant, qui sait faire valoir ses intérêts particuliers au détriment de l'intérêt général. L'agrandissement et la multiplication des niches fiscales sont mauvais signe, ici comme ailleurs.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.