Les livreurs de Deliveroo sont en grève depuis quelques jours. Quelles sont les raisons de leur colère ?

Ce qui a déclenché le mouvement c’est la nouvelle grille tarifaire imposée par Deliveroo, qui est le leader européen de la livraison de repas. Ses livreurs étaient payés jusqu’ici 4 euros 70 minimum pour ses courses de courte durée à Paris. Désormais, ce sera moins de 3 euros. 

Et ce n’est pas la première fois que cette plate-forme durcit les conditions d’emploi de ses livreurs. En réalité, ces conditions de travail déplorables concernent toutes les  plates formes numériques de livraison et de transport , comme Uber par exemple. 

Alors, au début, on a cru que ces nouveaux emplois, cette nouvelle façon de travailler pourraient être une réponse au chômage de masse. Et puis çà donnait à bp de jeunes des banlieues une sorte de statut et peut-être une certaine fierté. Mais on s’est vite rendu compte qu’il s’agissait d’une promotion factice parce que ces boulots étaient très précaires. Et que, en réalité, les entreprises profitaient de ce statut d’auto-entrepreneur pour échapper au code du travail et aux charges sociales :  pas de syndicats pas de négociations collectives, des ruptures de contrat sans préavis ni indemnités et ce sont les travailleurs eux-mêmes qui paient leurs charges pour la santé et la retraite.    

Comment peut-on leur garantir une plus grande protection ? 

Il y a deux voies possibles. La première c’est celle qu’ont empruntée les juges et qui consiste à requalifier la relation contractuelle en contrat de travail classique et de faire des auto- entrepreneurs des salariés. La Cour de cassation l’a fait il y a 6 mois pour un livreur, la Cour d’appel de Paris, dans la foulée, pour un chauffeur d’Uber 

Pourquoi ? parce que ces travailleurs sont en fait des salariés déguisés qui n’ont d’indépendants que le nom. C’est leur employeur qui décide de tout. Il y a donc un lien de subordination qui fait l’essence du contrat de travail. Le problème, c’est que ces jugements, s’ils se multiplient risquent de mettre en péril le modèle économique de ces plates formes qui ont bien des défauts mais qui ont quand même apporté quelque chose de nouveau à l’économie, qui créent des emplois et qui sont plébiscités par les consommateurs.   

Alors quelle est l’autre piste ? C’est celle que privilégie le gouvernement. Elle consiste à ne pas toucher au statut des auto-entrepreneurs mais à leur garantir une protection sociale digne de ce nom : choix des plages horaires,  droit à la déconnexion, possibilité de refuser une course, voilà quelques-unes des mesures contenues dans le projet de loi sur les mobilités, la loi LOM, mais elles paraissent bien timides, y compris aux yeux d’un certain nombre de députés de la majorité.  Ce qui est intéressant dans ce conflit chez Deliveroo, c’est qu’il est révélateur d’un des grands débats des années à venir : comment concilier l’émergence de cette  nouvelle économie du numérique, inéluctable et utile et la sauvegarde de notre modèle social. Est-ce qu’un compromis est possible et où placer le curseur ?

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.