Bien évidemment, l’événement de la journée, c’est le discours de politique générale de Manuel Valls devant les députés.

Oui, et l’envie m’est venue de regarder en arrière, de reprendre le discours de politique générale que Jean-Marc Ayrault avait prononcé le 3 juillet 2012 devant les mêmes députés. Pour comparer ce qui était dit alors et la situation d’aujourd’hui - celle dont « hérite » le nouveau Premier ministre, puisque, si on a bien compris, il s’agit de la même majorité… Cette confrontation des faits aux promesses d’il y a vingt-deux mois (le fact checking) est, on s’en doute, cruelle et explique la défaite électorale aux municipales. Elle est cependant intéressante. Pour l’établir, on n’a tenu compte que des chiffres dûment cités à l’époque par Jean-Marc Ayrault.

Regardons d’abord les promesses qui ont été tenues !

En matière fiscale, étaient promis du sang et des larmes pour les hauts revenus : promesse tenue. Une tranche à 45% a été créée pour l’impôt sur le revenu et la fiscalité des revenus de l’épargne a été alignée sur celle des revenus du travail. La taxe à 75% sur les revenus de plus de un million d’euros a bien été établie – même si c’est finalement l’employeur qui signe le chèque. Ce qui n’avait pas été compris, c’est que tout le monde passerait à la caisse ! Autres promesses tenues, des embauches à l’Education nationale et la mise sur orbite des emplois d’avenir pour les jeunes. 150.000 avaient été annoncés, on s’en rapproche. Voilà pour les feux verts.

Maintenant les feux rouges…

Jean-Marc Ayrault, j’ai bien relu son texte, ne prenait pas d’engagement sur le chômage, la fameuse inversion de la courbe a été évoquée par François Hollande deux mois plus tard, en septembre 2012, et il se donnait alors un an pour y parvenir. On connaît hélas la suite. En revanche, le premier ministre, anticipe une croissance de 1,2% pour 2013. C’était trop optimiste, elle a été finalement quatre fois moins importante. Autre engagement pris, la construction de 500.000 logements par an. On est loin, très loin du compte : l’an dernier, sont sortis en terre moins de 300.000 logements.

Enfin les feux orange…

Feux orange qui sont presque brûlés, sans surprise, sur les déficits publics. Jean-Marc Ayrault avait promis que les comptes publics seraient à l’équilibre en 2017 ; c’est désormais impossible puisque Paris est prêt à trahir une seconde fois en deux ans, une quatrième fois en dix ans si on inclue le quinquennat précédent, ses engagements. Le Premier ministre de 2012 avait fustigé la hausse de 600 milliards de la dette publique sous Sarkozy, qui s’expliquait (oh paradoxe) par une politique de relance assumée dans le choc de récession le plus profond de l’après-guerre. Depuis l’élection de François Hollande, la dette a déjà augmenté de 135 milliards d’euros. A ce rythme, elle aura augmentée de 450 milliards sur l’ensemble du quinquennat.

Conclusion ?

Les pessimistes conseilleront à Manuel Valls d’écouter Napoléon : « le meilleur moyen de tenir parole est de ne pas la donner ». Les optimistes se souviendront d’un mot – ou d’une bourde- prêtée à Edouard Balladur : « je ne fais pas de promesses mais je les tiens ».

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.