Les statistiques générales sur la balance bénéfice-risque risquent d'être contrées (ce n'est pas encore certain) par les craintes individuelles des candidats à la vaccination. En économie, cela s'appelle un biais cognitif. Pour tenir ses objectifs, la France a besoin du vaccin AZ en avril et mai.

La France peut-elle se passer du vaccin Astrazeneca ?
La France peut-elle se passer du vaccin Astrazeneca ? © Getty / Matthias Bein/picture alliance

Peut-on se passer du vaccin AZ ? La question ne se pose pas pour l’instant dans ces termes, mais il n’est pas exclu qu’elle se pose rapidement dans ces termes. 

Pourquoi ? Parce que de même que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, le ressenti de l’opinion publique a ses raisons que la science ne connaît pas.

Sur le plan scientifique, la cause reste entendue : le bénéfice de ce vaccin dépasse largement ses risques. Collectivement et individuellement. Philippe Amouyel, épidémiologiste à Lille, a fait le calcul suivant : 

Une personne de plus de 65 ans a une chance sur 110 (un risque) de mourir du Covid. Elle a un risque sur 110.000 que le vaccin AstraZeneca lui occasionne la thrombose dont on parle. Mille fois moins. C'est clair.

Mais le poison du doute est un venin qui progresse 

16 pays européens ont pris (en ordre dispercé façon puzzle) des décisions pour interdire ou restreindre l’utilisation de ce vaccin et, hier, Londres l’a déconseillé pour les moins de 30 ans. Hier, l’Agence européenne du médicament a à nouveau ardemment défendu l’AstraZeneca, mais on saura vite ce que pèsent les statistiques globales face à l’inquiétude d’un patient qui craint d’être le « 1 sur 100.000 ». 

Dans tout cela, il y a de l’irrationnel : nous évaluons mal les risques, en économie on appelle cela les biais cognitifs, nous savons par exemple que le risque de prendre l’avion est quasi-nul mais on a toujours un petit serrement au cœur au décollage. 

Dans le cas d’AstraZeneca, ce climat médical se rajoute au conflit ouvert entre Bruxelles et l’entreprise sur les livraisons. 

Tout cela, la bourse le constate : le cours de l’action, en six mois, a plongé de 15%, quand celui de Pfizer a monté et celle de Moderna a explosé, à +80%.

Et en France ?

Pour atteindre ses objectifs de vaccination (20 millions de Français vaccinés le 15 mai, 30 millions le 15 juin, 40 millions début juillet), le vaccin AstraZeneca est nécessaire, surtout en avril et mai : en avril-mai, il représente encore un quart des livraisons. 

En juin, ce sera seulement 15%. A court terme, il n’y a pas de marge de manœuvre, des lots cachés en réserve. 

Au total, quel avenir pour l'AstraZeneca ? Incertain. Est-il plus prêt, comme on dit, de la porte de sortie que de laugmentation ? On verra. Y aurait-il un bon moyen de redonner confiance en lui ? Oui : si des personnalités sportives, culturelles, politiques et médiatiques donnaient l’exemple. 

Qui commence ?

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Thèmes associés