L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ___Le baril de pétrole est passé sous les 40 dollars à Londres vendredi, affichant la plus forte baisse en une semaine depuis 1991. Pourquoi un recul si rapide ? Il y a six mois, on expliquait avec assurance pourquoi il devait continuer à grimper, aujourd’hui, il faut expliquer pourquoi le pétrole descend vite. Entre les deux, la crise économique s’est installée. Les mauvais chiffres économiques tombent les uns après les autres. Les marchés pétroliers en déduisent que la demande d’énergie va baisser. Vendredi, on a appris que l’économie américaine a perdu 533.000 emplois en novembre. Deuxième raison, les pays exportateurs de pétrole, l’OPEP, ne sont pas d’accord pour baisser la production. Troisième explication, les pays émergents sont touchés à leur tour. Voilà donc les raisons du recul du pétrole. Mais la question, c’est aussi pourquoi il plonge aussi vite. De 150 dollars en juillet à moins de 40 dollars. Le changement de situation économique ne justifie pas une division du prix par trois. D’ailleurs, si on regarde les chiffres de près, la demande mondiale de pétrole continue de progresser, selon les prévisions de l’Agence Internationale de l’énergie. Conclusion : la hausse du pétrole était liée aux investissements des fonds spéculatifs, qui le jugeaient comme un très bon placement. Aujourd’hui, ils s’en vont au galop et voilà pourquoi l’or noir coule. Difficile à dire si cette baisse des prix est une tendance durable. Difficile à dire parce que l’Insee, par exemple, pariait au mois d’octobre que le baril vaudrait 100 dollars en décembre. Cela étant, tant que la situation économique est aussi sombre, les prix resteront bas. Ils ne sont d’ailleurs pas si bas que cela. On revient actuellement au niveau de début 2005, ce qui n’est pas la préhistoire. Le baril était à 10 dollars en 1999. En revanche, à moyen terme, la plupart des arguments plaident pour le rebond. La croissance repartira, un problème d’approvisionnement est attendu dans moins de dix ans et les besoins des pays émergents ne vont pas disparaître. Un seul élément : les Chinois ont 30 voitures pour 1.000 habitants, contre 800 aux Etats-Unis. Il y a de la marge entre les deux avant que les véhicules tout électriques occupent tout le marché. Reste une question : quand finit le court terme et quand commence le moyen terme ! Au fond, le plongeon du pétrole, est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Ce qu’il signifie est mauvais, la récession. Ce qu’il améliore est une bonne nouvelle, le pouvoir d’achat. Il y a un débat lancé à gauche sur le plan de Nicolas Sarkozy : il ne soutient pas la demande, la consommation. C’est vrai et assumé. Mais la vraie relance par la demande, c’est la baisse du prix du pétrole. Petit calcul rapide : Entre un pétrole à plus de 140 dollars le baril en moyenne sur une année et un pétrole à moins de 50 dollars, cela représente une diminution de la facture pétrolière importée de l’ordre de 50 milliards d’euros. Deux fois le plan de relance de jeudi ! Le problème est que la baisse rend moins intéressantes les recherches sur les autres énergies. Donc, c’est un soulagement, mais aussi un lâche soulagement. Mais la vraie relance est là.

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