**En 2010, les salaires des cadres du secteur privé augmenteront moins que les années précédentes.C’est le résultat d’une enquête réalisée par un groupe de conseil, la Cegos, qui peut intéresser pas mal de nos auditeurs. Selon 160 DRH d’entreprises, l’enveloppe réservée aux augmentations des cadres ne dépassera pas 2,4% tout compris l’an prochain. Tout compris, c’est-à-dire augmentations générale et individuelle, évolution liée à l’ancienneté et aux promotions. 2,4%, cela a l’air beaucoup mais en fait c’est le chiffre le plus faible depuis quinze ans. Pour avoir une idée, il y a un an, les DRH citaient le chiffre de 3,7% pour 2009, mais ce chiffre a rapetissé au fil des mois, pour revenir à 2,5% seulement. Chez Michelin par exemple, on est passé à zéro ! A lire ces chiffres, c’est clair : c’est la rigueur pour les cadres, à cause de la crise. Et, de fait, comme ce sont des moyennes, presque un cadre sur deux dénonce une baisse de son pouvoir d’achat. Bref, ce qui ne les aide pas à avoir le moral. En réalité, ce constat doit être affiné.Oui. Le premier point important est que ces niveaux d’augmentation n’ont de sens que si on met en parallèle l’évolution des prix. Or, 2009 restera comme une année de très faible inflation, autour de 0,5%, à cause de la baisse des prix du pétrole. L’an prochain, ce pourrait être 1%, mais on est loin des 2 à 3% que l’on a souvent eus. Cela veut dire que, même si les cadres n’ont pas cette impression, leur pouvoir d’achat augmente. La rigueur oui, mais relative, cela pourrait être pire. Dans ces conditions, la raison pour laquelle leur moral est atteint est à chercher ailleurs. Un peu du côté des craintes sur l’emploi. Davantage du côté de l’intensification du travail. Les cadres ont été les grands gagnants des 35 heures, avec des jours de congé en plus. Mais personne ne pouvait imaginer, il y a dix ans, le prix qu’ils paieraient grâce aux technologies qui étaient encore nouvelles à l’époque et qui sont banales maintenant. Ce prix, c’est une disponibilité presque entière et une pression renforcée sur leurs épaules en période de crise. Mais est-ce que ça a du sens de mettre tous les cadres dans le même sac – si l’on peut dire ?La réponse est non, il y a même une certaine gêne à parler d’une catégorie « cadres », cela veut de moins en moins dire quelque chose. Ils n’encadrent pas tous d’autres salariés. Entre les ingénieurs autonomes, les commerciaux itinérants, les cadres de bureau, les cadres supérieurs et certains autres plus proches de la maîtrise, il n’y a plus en commun qu’un statut mythique et une adhésion à la même caisse de retraite, l’Agirc. L’évolution des salaires reflète cette dispersion d’une catégorie. Selon les données fiscales, 1% des salariés, 130.000 cadres, gagnent plus de 130.000 euros bruts par an environ – c’est facile à retenir - et un pour mille, 13.000, plus de 300.000 euros. Et c’est là que les hausses les plus fortes ont été enregistrées ces dernières années. Pourquoi pas ? Mais on est obligé de constater que les moyennes générales ont perdu du sens, que le monde des cadres est de plus en plus fragmenté et que cette fragmentation est mal vécue, et mériterait sans doute d’être davantage expliquée.**

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