François Bayrou est désormais candidat à la présidentielle et une de ses propositions vous a intéressé : "Il faut acheter français".

Oui, le candidat centriste a insisté sur l’urgence d’un pacte national pour produire en France. Dimanche, il avait été plus abrupt (on va dire ça comme ça) : « on est en train de crever ». Et il avait appelé les Français à acheter français pour sauver des emplois. C’est une idée séduisante, qui n’est pas nouvelle : en 1993, il y avait eu une campagne « nos emplettes sont nos emplois ». Depuis le printemps, il existe aussi un label « Origine France garantie ». Chacun a en tête des filières, des métiers, qui ont disparu, qui ne sont plus portées par une marque tricolore. Sur le plan politique, ce genre d’appel rencontre forcément un écho parce que nous sommes le pays le moins confiant (selon un sondage) sur nos atouts dans la compétition mondiale.

Et sur le fond, qu’en penser ?

François Bayrou pose une question sérieuse et dans sa bouche, elle doit être prise sérieusement – il a été le seul, en 2007, à parler de la dette. Cela étant, sa réponse à cette question sérieuse est peut-être – pardon s’il écoute – un peu courte. En tous cas s’il pense que produire en France suppose d’acheter français. Pour 3 raisons. Techniquement, il est difficile de savoir ce qu’est un produit français. Une Renault vendue ici mais fabriquée en Slovénie est-elle plus française qu’une Toyota Yaris fabriquée à Valenciennes ? Moins ! Le Coca-Cola ou les Big Mac achetés ici sont-ils français avec des ingrédients d’ici ? Oui ! C’est impossible de tracer la nationalité d’un produit dont la matière première est coréenne, le design américain, l’assemblage allemand et le marketing français.

Et économiquement ?

Le mieux, c’est quand même que chacun achète les meilleurs produits au meilleur prix. Que les allemands, les chinois, achètent nos produits et que nous achetions les leurs. Il est préférable que le luxe français et les motos allemandes trouvent des clients partout plutôt que l’inverse (le luxe allemand et les motos françaises) ! En plus, si la production de jouets, de high-tech, est ailleurs, les Français votent français pour les services (par exemple les banques). Enfin, politiquement, les échanges commerciaux sont plutôt un facteur de stabilité entre les pays. En poussant, pourquoi ne pas demander aux Corses d’acheter corse et aux Bretons de consommer breton ?

Donc, quelle est la vraie réponse à cette vraie question ?

Ce serait court de dire que cette préférence nationale- là (à tout prendre la préférence européenne serait mieux) (que) n’est qu’une fausse bonne idée. La désindustrialisation est un sujet vital. Il faudrait encore trois minutes –le temps d’une chronique- pour parler de la qualité, de l’offre économique ! En attendant, face à Nicolas Sarkozy et François Hollande coincés sur la rigueur, François Bayrou a trouvé un bon créneau pour intéresser les électeurs ; on verra s’il est entendu par les consommateurs.

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